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Les défis du nouvel élu

04 janvier 2017, 10:39 catégorie: Édito12 046 vue(s) A+ / A-

Le pays s’est réveillé mercredi matin 4 janvier avec un nouveau président. En regard de l’écart du pourcentage de votes par rapport au deuxième candidat de la course, 55.60 % contre 19.57 %, et en fonction d’une topographie des élus au Parlement qui montre une large victoire du Parti haïtien Tèt kale et ses alliés du Kid, AAA et de Bouclier, l’élu de 2017 pourrait se sentir confortable pour mener à bien une politique de développement économique et social sans compter sur les autres forces qui s’activent sur le terrain. La veille du 3 janvier, des manifestations ont eu lieu dans la marge terminologique du « coup d’État électoral ». La stratégie de mener le combat sans une alliance conjoncturelle par les tenants de l’opposition peut aussi tenter l’élu de 2017 à ne pas s’aventurer sur ce terrain balkanisé.

Cette assurance de moyens politiques peut, dans le pire des cas, être le signe d’une relance d’un parti unique. Mais de là à conclure à l’éventualité de la dictature d’un camp, c’est aller trop vite en besogne. Les acquis démocratiques, même morcelés ici et là, forment déjà des éléments organiques du paysage politique haïtien. La montée du Parti haïtien Tèt Kale peut s’expliquer par l’aspect vieux jeu d’un autre mouvement qui a connu ses heures de gloire dans les années 90 et début 2000. La désillusion de l’électorat qui n’a pas voté en masse, reconnait l’élu de 2017, a favorisé une popularité relative du PHTK. La génération 2000 semble mieux se reconnaitre dans le discours et les manières plus « modernes » de ceux qui se sont fait connaitre sur les planches des grands défoulements que devant l’autel de toutes les espérances. Et voilà que le rêve des Mercédès et autres Acura bouscule les vieilles envolées patriotiques ! Les mutations sociales ont été déterminantes dans les enjeux électoraux depuis le quinquennat passé. Certains peuvent craindre un contexte international. Cependant, il ne faut pas tomber dans un « reaganite » alors que les données ont absolument évolué et que l’époque du « bal la fini » des duvaliéristes ne peut plus être renouvelée avec la même rudesse. L’élu de 2017 a insisté sur l’exigence de l’ordre de même que sous la présidence de René Préval, le mot à la mode était l’autorité de l’État. Il faut tenir ses antennes allumées pour voir ce qu’il en sera de la guerre contre la corruption que l’élu de 2017 déclare, sans se référer à son lourd héritage, comme pour marquer la différence et montrer un nouveau leadership. Ceux qui voient quelque lien de caractère entre le « président du compas » et le magnat de l’immobilier ne regardent pas du côté de nouvelles dynamiques sociales. Les classes possédantes et les classes populaires connaissent le pire moment dans notre histoire. Les premières ont été manipulées par une économie externe qui s’est prise à la structuration de la production nationale et l’imposition de la sous-traitance. Les dernières ont connu la faim, le chômage, la manipulation religieuse, l’errance sur les terres de l’Amérique latine après le séisme de 2010. Voici, en résumé, le défi de l’élu de 2017 : comment concilier, avec le pragmatisme producteur, les deux extrêmes ?

 Les classes moyennes peuvent éprouver un sentiment d’être un peu plus proches de l’élu de 2017 ! Mais attention aux dettes des investissements dans la campagne électorale la plus longue de notre histoire ! Les classes moyennes se sont senties « touchées » dans le discours de l’élu de 2017 qui a mentionné : « les élites intellectuelles ». L’élu de 2017, a souligné encore une fois à l’encre forte, son intérêt pour les « élites paysannes ».

 Après le provisoire, nous voilà proches du début d’un nouveau quinquennat. On espère que le nouveau président se souviendra de ce qu’il avait dit, durant sa campagne, au sujet de la terre, du soleil et de l’eau. C’est nous qui ajoutons le vent !

 Pierre Clitandre

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