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De la nécessité d’une «Moïse care» en Haïti

11 mai 2017, 11:17 catégorie: Édito12 545 vue(s) A+ / A-

Il est décidé en conseil des ministres, en date du 19 avril 2017, que la carte d’identification nationale (CIN) soit remplacée par une pièce unique et définitive dite (CINU), munie d’une puce intelligente, ainsi définie dans l’article 6.1 du projet de loi conçu à cet effet:« Cette puce contiendra, et sans s’y limiter : l’empreinte digitale, l’empreinte de l’iris, les données biographiques (sic), la signature du détenteur». C’est bien beau, tout cela; Haïtiennes et Haïtiens, sans distinction de couleur et de classe sociale, mettront une puce commune à l’oreille internationale sur leur nouvelle manière d’être.

Si cette carte unique d’identité nationale accuse un caractère contraignant, dans l’article 35 dudit projet de loi, prévoyant des amendes à quiconque ne la porterait pas – moyennant modification à chaque changement de statut-, elle ne reconnaît point le droit à la santé pour tous. Qu’est-ce qui l’empêcherait d’être également une carte d’assurance maladie, comme la «Carte-Soleil» du Canada qui constitue, après le permis de conduire (que tous n’ont pas, évidemment), la carte d’identité la plus fiable, très loin devant le passeport ?

L’actuel président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, se trompe énormément (comme un éléphant blanc), en voulant supprimer l’Obamacare, d’une portée sociale inédite dans ce pays, inspirée de l’Assurance-Maladie du Canada (le seul État-providence de l’Amérique, à côté de Cuba). Son gain de cause obtenu à la Chambre des Représentants, en attendant le verdict du Sénat, n’est qu’une victoire à la Pyrrhus, puisqu’il fait face à une très forte opposition dans le camp des députés. Notons que l’abolition de l’Obamacare augmentera de plus de 20 millions le nombre d’Américains non assurés.

 La très bonne mesure sociale prise à date en Haïti, c’est le souci du gouvernement d’offrir quotidiennement un plat chaud à la gent scolaire dans les dix Départements géographiques du pays; c’est ce qu’a affirmé la coordonnatrice du Programme national de Cantine scolaire (PNCS), Madame Phanise Laguerre , en tournée récemment dans le Grand Nord. Elle promet de rendre effectif ledit programme dans la plus petite division territoriale du pays qu’est la section communale. « Cette tournée, précise-t-elle, c’est pour un état des lieux des bureaux départementaux : m’enquérir de leur condition de fonctionnement et ainsi arriver à les redynamiser». Tout cela est bien beau. D’ailleurs, Haïti est le pays détenteur du plus beau code civil au monde. Tout sur papier.

En diététique (Science des régimes alimentaires, fondée sur l’étude de la valeur nutritive des aliments), il y a ce qu’on appelle l’indigestion. À force de manger (bien ou mal), on peut tout bonnement bien tomber malade. C’est là qu’intervient la cruciale question des «mesures d’accompagnement» inexistantes dans nos systèmes d’intervention, et cela dans tous les domaines. En matière d’environnement par exemple, a-t-on déjà pensé à remplacer progressivement le charbon de bois – indispensable à la cantine en milieu rural – par un autre combustible, pour pallier la déforestation accélérée de nos montagnes ?

Revenons à la question de santé. En support à la cantine, a-t-on pensé aux médecins, infirmières, diététistes et nutritionnistes, en termes d’intervention dans le milieu scolaire, en cas d’intoxication alimentaire, plus particulièrement dans « le pays en dehors» ? Et que dire de ces nombreux travailleurs sociaux sans emploi? Autant de questions qui nous interpellent en posant le principe du «Moïsecare» qui, loin d’affaiblir les cliniques privées dans les grandes villes, leur permettrait d’avoir plus de patients soutenus à même les «taxes réelles» perçues des plus riches par le gouvernement. N’est-ce pas aussi un moyen d’entrer dans la dynamique de la «création d’emplois massifs»? C’est un pensez-y bien.

 

 Mérès Weche

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