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Dans les conditions actuelles, la dé-dollarisation est-elle un euphémisme?

12 avril 2018, 8:09 catégorie: Economie6 278 vue(s) A+ / A-

Pourquoi écrire un article sur la dé-dollarisation après tous ces articles parus dans les journaux du pays et les interventions des économistes, les uns plus chevronnés que les autres? Après tout, le temps est court, et il y a tant de choses utiles à faire. Pourquoi donc perdre de précieuses heures sur une question qui a été déjà explorée?

Ce sont de bonnes questions qui nous rappellent la multitude de lois qui régissent notre univers. En effet, nous savons que le monde est soumis à de multiples lois, non seulement dans le domaine physique, mais également dans l’économie et la gouvernance. Nous vous rappelons quelques-unes de ces lois qui nous éclairent l’esprit.

1) La loi de Schmidt : « Si vous manipulez un objet trop longtemps, il cassera »

2) La loi de Weiler : « Rien n’est impossible à celui qui n’a pas à le faire lui-même »

3) La loi de Jones : « Quiconque sourit quand tout va mal a déjà trouvé qui blâmer »

4) Et enfin, la loi de Knight: « Il est impossible d’arriver à destination si on ne sait pas où on va »

Dans le cadre de notre discussion, la loi de Knight présente deux corollaires : « une politique publique qui n’a pas d’objectifs précis et qui n’est pas réaliste et réalisable perdra tôt ou tard la confiance et le soutien de la population.» Ensuite : « si c’est seulement quand tout va mal qu’on réfléchit, la situation est grave ».

Euh pardon, nous voulions parler de la dé-dollarisation. Mais, vous avez compris.

Nous nous rappelons lorsque nous étions jeunes étudiants à l’université nos professeurs d’économie disaient toujours que la loi de l’offre et de la demande était une notion importante et, pour comprendre un marché, il fallait maitriser d’abord ce principe élémentaire. Ils disaient aussi que le taux de change est un prix et en tant que tel, il s’ajuste en fonction de l’offre et de la demande de monnaie. Ils disaient enfin que si on augmente la masse monétaire sans que l’économie réelle ne suive pour augmenter les exportations et faire rentrer plus de devises dans l’économie nationale, le taux de change et l’inflation vont se détériorer.

Nous pensons qu’ils ont raison. Mais aujourd’hui nous avons appris une autre leçon : « c’est la fixation des prix en dollars et la multiplicité des acteurs sur le marché de change qui font augmenter le taux de change ». Et, on se comporte comme si on n’avait rien à faire pour créer un environnement propice au développement économique et social; on pense même qu’on peut s’assoir sur ses lauriers sans prendre une quelconque politique pour augmenter la production, puisqu’il ya toujours moyen de rendre simples les choses pour trouver des solutions aux maux qui nous rongent.

Les autorités ont trop manipulé le financement monétaire du déficit budgétaire; le fil, déjà assez tendu, devait se casser un jour. Nous importons quasiment tout ce que nous consommons comme biens et services : des produits alimentaires, de la gazoline, des médicaments, des techniciens qualifiés, des cadres intermédiaires, etc. Comment pouvez-vous demander à des agents économiques qui s’approvisionnent en biens et services sur le marché international d’utiliser une gourde qui ne vaut pas grand-chose ? Le résultat à court terme le plus probable dans de telles conditions pourrait être une cascade de taux de change implicites et finalement les consommateurs paieraient plus cher pour tout, avec comme conséquence immédiate une augmentation du taux de change et de l’inflation. Est-ce bien ce qu’on veut? On pense que non.

Un arrêté de dé-dollarisation peut-il résoudre un problème aussi complexe? Le commun des mortels pourrait avoir des doutes légitimes. Car, le dollar va continuer de remplir deux des trois fonctions de la monnaie : unité de compte (fixation des prix), intermédiaire d’échange (moyens de paiement) et réserve de valeur. Le dollar plus que la gourde continue de remplir la fonction de réserve de valeur (plus de 55% des dépôts du système bancaire) et d’unité de compte. La fonction d’unité de compte se justifie par le fait que nous sommes un pays importateur : on achète presque tout de l’étranger.

Il est dit «aux grands maux, les grands remèdes». Il semble que c’est une vérité qui a fait son chemin à travers le temps. Donc, il ne suffit pas de prendre un arrêté de dé-dollarisation et créer un couloir de dénonciation pour s’arc-bouter dans une sécurité illusoire. C’est le marché qui avait décidé de la dollarisation après le choc de l’embargo du début des années 1990. Il peut se dé-dollariser tranquillement si nous prenons les bonnes actions pour avoir une stabilité politique et sociale, agir sur les fondamentaux de l’économie et redonner de la confiance dans la monnaie nationale.

Oui, la circulation de deux monnaies comme moyen de paiement est un problème pour la politique monétaire. Mais, regardons-nous dans les yeux et demandons-nous où faut-il commencer pour résoudre ce problème complexe qui dure depuis des décennies ? Faut-il aller à la surface ou en profondeur ?

Cessons de jeter la poudre aux yeux de la population avec ces palliatifs. Mettons le doigt dans la plaie. Même si politiquement ce n’est pas agréable, on pourrait finalement avoir une solution durable qui soulagerait la souffrance de la génération présente et le fardeau de la génération future.

Tout compte fait, on comprend bien que la dé-dollarisation de l’économie est nécessaire, mais elle ne pourrait être le fruit d’un arrêté pris à la sauvette, sans consultation avec les forces vives du pays. Elle devrait plutôt être un processus technique mûrement réfléchi et concerté. Ainsi, plusieurs questions fondamentales demeurent : 1) Existe-t-il des préalables à la dédollarisation? 2) Haïti peut-il se dédollariser à court terme ? 3) Quelles sont les politiques publiques et les réformes qui devraient accompagner une dédollarisation?

Lisez nos prochains articles et vous aurez la position complète de notre groupe sur cette question.

Groupe Ecostat

Groupe Ecostat est un bureau d’études spécialisées dans les études économiques et statistiques depuis 2015. Le Groupe collabore avec la rubrique économique du journal Le National.

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