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Cynisme !

05 février 2018, 10:58 catégorie: Édito26 098 vue(s) A+ / A-

PetroCaribe! La guerre de Troie n’aura pas lieu. Et pour cause, des pères conscrits qui devraient jouer le rôle de vigile des biens du peuple semblent avoir trahi les intérêts supérieurs de la Nation au profit de ceux d’une chapelle politique et de leurs intérêts mesquins. Au cours d’une séance inédite, des sénateurs membres du groupe majoritaire ont, sans dire le mot, classé sans suite le rapport de la commission sénatoriale sur la gestion du fonds PetroCaribe. Les fidèles de Kédlaire Augustin, après avoir passé une nuit à tergiverser à travers des acrobaties juridiques, ont transféré, via une résolution, le rapport de la commission mandatée par l’Assemblée des sénateurs à la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif dont deux membres sont épinglés dans le rapport.

Agissant de la sorte, le Sénat a transféré l’une de ses attributions, celle relative au contrôle de l’action gouvernementale à une autre instance aussi décriée dans l’opinion que le Grand-Corps et qui ne détient pas les compétences pour juger ou sanctionner le rapport du Sénat. Car, les différentes résolutions prises dans le cadre du fonds PetroCaribe ont été budgétisées et au regard de ses attributions la CSC/CA se devait de donner son avis sur l’exécution du budget et tous les contrats liant l’État haïtien à une tierce personne.

L’ensemble des contrats passés dans le cadre du fonds PetroCaribe, selon le rapport Beauplan, a été approuvé par cette instance qui devrait intervenir en amont et en aval dans le cadre des dépenses de l’État. En amont pour valider les contrats et en val pour vérifier si les travaux ont été exécutés selon les règles de l’art. Comment peut-on jouer le rôle d’arbitre référé pour une partie où l’on a été sanctionné ?

Tenant compte de l’absence de confiance au sein de l’assemblée des sénateurs où chaque parrain cherche à défendre son filleul et la CSC/CA, elle non plus n’inspire pas confiance, pourquoi ne pas opter pour une solution mitoyenne avec l’avis d’une firme experte indépendante ? Cherche-t-on vraiment à avoir réellement la lumière ou à se passer de ce document qui est devenu une patate chaude entre les mains des sénateurs ?

Échappatoire, peut-être. Car, le rapport a mis bon nombre d’autorités dans de beaux draps. L’Éxécutif, qui sournoisement joue l’entrejambe dans ce dossier, doit le faire avec l’intelligence pour ne pas donner doublement raison à Donald Trump. Le monde entier nous regarde. Le président de la République, garant de la bonne marche des institutions, doit jouer sa partition pour ne laisser le peuple décider à la place des institutions dans le cadre du dossier PetroCaribe où l’opinion des uns et des autres se concorde que ce fonds a été gaspillé.

Joseph Lambert, l’animal politique, réputé pour ses tactiques manoeuvrières, a frappé un gros coup en présidant cette séance tenue un peu en marge des dispositions du règlement intérieur du Sénat. Personne n’est au parfum des vrais mobiles de cette séance en tapinois préalablement mise en continuation par le président du Grand-Corps. En combinant deux ordres du jour de deux séances différentes sans la conférence des présidents conformément aux dispositions de l’article 73.3 et suivants du règlement intérieur du Sénat, les sénateurs de la majorité ont violé sciemment leur propre principe.

Pis est, en absence des membres de la commission spéciale en charge du dossier PetroCaribe et loin des projecteurs de la presse. Par ces agissements pour le moins cyniques, des observateurs avisés croient que la majorité présidentielle est en train de mettre en péril l’avenir même du Sénat. Le Grand-Corps a une fois de plus raté une occasion de se montrer utile à la Nation. Mais, au lieu de se mettre au service de la Nation, sous la férule de Joseph Lambert, le Sénat s’est plutôt fait le vassal de l’Exécutif.

À un moment où le monde entier déclare la guerre à la corruption, Haïti, et le Sénat aidant, semble avancer à contre-courant. Mais, le dossier Petrocaribe dépasse largement le cadre du Sénat de la République. Comme la République dominicaine avec le fameux dossier Odebrecht, le Brésil où plus de 200 millions de dollars sont déjà récupérés dans le cadre du scandale de Pétrobas et en Arabie saoudite où des grands dignitaires, dont certains de la famille royale, sont arrêtés dans le cadre de la lutte contre la corruption, viendra, peut-être, en Haïti, le jour où les gaspilleurs de PetroCaribe répondront de leurs actes.

Noclès Débréus

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