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Le cri d’alarme des douaniers

12 mars 2018, 8:31 catégorie: Édito16 054 vue(s) A+ / A-

Ils sont plus que déterminés à croiser le fer. Le conflit parait sulfureux entre le ministre de l’Économie et des Finances et l’Association des douaniers haïtiens (ADH) en grève depuis bientôt trois semaines. Jude Alix Patrick Salomon estime qu’il s’agit là d’une grève injustifiée, tandis que le porte-parole de l’ADH, Michelson Nelson, ne jure que par la publication du statut particulier des douaniers dans le journal officiel Le Moniteur pour mettre un terme à son mouvement de protestation. Mais contre toute attente, l’étau semble se resserrer de plus en plus. Et c’est le pays qui en pâtit.

En effet, cette grève fait perdre en moyenne 150 millions de gourdes par jour à l’État haïtien, se plaint le titulaire du MEF qui craint justement que ce vaste mouvement risque d’entraîner une diminution des sorties de containers des ports. Elle pourrait, du coup, occasionner une rareté des produits de consommation susceptibles d’exploser les prix.

Engagée il y a une semaine, la grève des douanes parait assez redoutable pour les ménages autant que pour les commerçants du secteur formel et informel. Le déficit qu’elle pourrait causer ne serait pas sans conséquence: le cumul des containers fera que les ports seront engorgés, provoquant ainsi la pénurie au niveau des magasins. Or la pénurie crée l’inflation.

Pour résoudre avec promptitude et dextérité les difficultés, il faudrait que l’ADH permette le fonctionnement du service minimum au niveau des ports et de l’aéroport pour fluidifier l’accès au port et faire sortir les containers. Soit. Mais quelles pourraient être les conséquences de cette grève soutenue des agents douaniers ? Cet arrêt de travail entrainera inévitablement une suspension de recouvrement des taxes et des impôts, donc une absence d’entrées des recettes provenant des ports et de l’aéroport dans les caisses du trésor de l’État.

Autre conséquence et peut-être la plus saisissante: le blocage de l’Import/Export avec pour effet la rareté de certains produits de première nécessité qui entrainera sans aucun doute une augmentation des prix qui ne baisseront pas forcément après la reprise des activités. Ce blocage causera des préjudices aux opérateurs économiques. Une des conséquences serait que l’État haïtien devra répondre devant les tribunaux, des torts que son système de services aura infligés à ces derniers et procéder à leur dédommagement. Selon la loi.

Certaines entreprises industrielles en attente de leurs matières premières et de pièces détachées de leur matériel d’exploitation, de ce fait, auraient été obligées de mettre une partie de leur personnel en chômage technique. Si la grève des douanes persiste, on risque un mécontentement général de la population et un déclenchement de grève en série qui pourrait rendre la tâche encore plus compliquée pour le gouvernement déjà fragilisé par la détérioration des conditions de vie de la population.

Très à la hauteur de leur tâche, le rôle des agents des douanes dans le recouvrement des droits et taxes n’est pas à démontrer. Principale pourvoyeuse du Trésor public en argent frais, l’Administration générale des douanes (AGD) verse chaque mois dans l’escarcelle de l’État des centaines de millions sinon des milliards de gourdes. Il en est de même pour le service des impôts. Mais quels sont les avantages et privilèges liés aux fonctions des agents? La grève même limitée, dans le temps et l’espace, a déjà des conséquences fâcheuses sur le fonctionnement normal de l’État dont le Trésor public est le pivot. Comment l’État pourra-t-il payer dans ces conditions ses fonctionnaires? Comment pourra-t-il faire face à ses obligations, s’il se complait mine de rien à alimenter le bras de fer avec les grévistes qui ont aussi leur responsabilité dans la bonne marche du pays?

Quand un État veut des fonctionnaires modèles, intègres et conciliants, il a pour devoir de les mettre à l’abri des conditions de vie et de travail qui les discriminent. Tout le sens du cri d’alarme des grévistes se trouve là dans la mesure où il ne représente pas un outil puissant au service du politique.

Robenson Bernard

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