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Controverses autour du dossier des mineures retrouvées à Kaliko

16 mars 2017, 10:48 catégorie: Société5 977 vue(s) A+ / A-

Le Comité national de lutte contre la traite des personnes (CNLTP)

préoccupé par la libération des neuf personnes arrêtées le
5 février dernier à l’hôtel Kaliko pour exploitation de mineures.

/ Photo : Ruben Chéry

 

Le Comité national de lutte contre la traite des personnes (CNLTP) se déclare préoccupé par les informations faisant croire à la libération, dans des circonstances troublantes, des neuf personnes arrêtées le 5 février dernier à l’hôtel Kaliko pour exploitation de mineures. Ces personnes auraient été relaxées sur ordre du parquet de Port-au-Prince alors qu’elles sont accusées d’implication dans la traite d’une trentaine de jeunes demoiselles, dont une quinzaine de mineures, retrouvées dans une seule chambre. Le CNLTP réclame justice pour les victimes et des sanctions pénales contre les présumés trafiquants.

Lors d’une conférence de presse, le 16 mars 2017, le président du comité de lutte contre la traite des personnes, Ely Thélot, a dit détenir des informations selon lesquelles les personnes arrêtées auraient été remises en liberté entre le 15 février et le 8 mars. Indigné, il dit souhaiter l’ouverture d’une enquête pour que les responsabilités puissent être fixées. Il ne doute pas une seconde qu’il s’agissait d’une exploitation sexuelle, car de la drogue et des vidéos pornographiques ont été découvertes lors de la descente des lieux, rappelle-t-il. « Un procès doit avoir lieu contre les trafiquants pour que l’état puisse dédommager les personnes atteintes », croit Ely Thélot qui rappelle que la loi du 2 juin 2014 sur la traite des personnes prévoit assistance et réparation aux victimes.

Dr Thélot informe que le CNLTP est intervenu au chevet des victimes tout de suite après l’arrestation de leurs prédateurs. Les demoiselles ont pu bénéficier d’une assistance sur plusieurs plans, notamment psychologique, dit-il. Rappelant qu’Haïti est très mal classé au niveau mondial en matière de lutte contre la traite des personnes, Dr Thélot invite le prochain gouvernement à faire de ce domaine une priorité. Il déclare qu’il est inacceptable que l’esclavage moderne soit pratiqué en Haïti, un pays qui s’est rebellé contre la domination.

De son côté, Jean Philippe Thomas, membre du CNLTP, a dit craindre que les personnes libérées ne récidivent. « Notre grande inquiétude concerne les victimes qui risquent de tomber dans la nasse de leurs prédateurs », dit-il. Pour lui, c’est également une grande déception pour les policiers qui ont mené l’opération du 5 février. M. Thomas rappelle que le pays, vu sa mauvaise note en matière de lutte contre le trafic des personnes, risque de tomber sous le coup de sanctions financières.

Des représentants de l’Hôtel Kaliko Beach ont fait une visite surprise à la salle où se tenait la conférence de presse du CNLTP. Samir Zuraik et Fritz Paret étaient là pour donner la version de leur entreprise qui n’a aucune implication, disent-ils, dans l’exploitation des demoiselles. M. Zuraik laisse entendre que les chambres qui ont fait l’objet de l’intervention de la police ont été louées par des étrangers. Ces derniers appartenant à l’organisation « Our Rescue » auraient tout manigancé pour faire arrêter les trafiquants sexuels. Après l’arrivée de la bande, ils auraient alerté la police qui n’a mis qu’une demi-heure pour arriver sur les lieux. Un fait dont ils auraient parlé à des médias américains. Samir Zuraik demande également que les coupables soient jugés, mais surtout que l’hôtel cesse d’être pris pour complice dans cette affaire.

 Lors d’une entrevue la semaine dernière sur une station de radio de la capitale, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Jean Danton Léger a indiqué que le dossier était transféré au cabinet d’instruction. Il a reconnu que certaines personnes arrêtées étaient libérées tout en assurant que le parquet a traité le dossier avec équité. Plusieurs organisations de droits humains, dont la Fondation Zanmi Timoun et l’observatoire haïtien sur la traite et le trafic de personnes, réclament un traitement transparent de cette affaire.

Kendi Zidor

 

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