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Construire les défenses d’Haïti contre les catastrophes naturelles

20 avril 2017, 10:32 catégorie: Tribune8 093 vue(s) A+ / A-

Au cours des 21 dernières années, Haïti a été touché par 40 cyclones, tempêtes et fortes pluies. Chaque année, en moyenne, deux événements provoquent des inondations et des glissements de terrain avec des conséquences graves pour la population et leurs moyens de subsistance.

Haïti est plus vulnérable que de nombreux pays en raison du nombre de personnes vivant dans la pauvreté. Le changement climatique signifie que ces phénomènes pourraient augmenter en fréquence et en gravité.

 Il n’est pas possible d’éviter entièrement les catastrophes naturelles, mais deux nouveaux documents de recherche pour le projet « Haïti Priorise » examinent les moyens de réduire la vulnérabilité et d’accroître la capacité de résistance.

 « Haïti Priorise » est un vaste projet de recherche, dans lequel des experts d’Haïti et d’autres pays ont recours aux sciences économiques pour étudier les coûts et les avantages de diverses réponses aux défis haïtiens. Ces recherches sont présentées aux lecteurs de « Newspaper » afin de susciter la discussion. À la fin du mois, un groupe de responsables du développement d’Haïti et un économiste lauréat du prix Nobel se réuniront pour étudier toutes les recherches et proposer des priorités.

 Dans de nombreux pays, les forces armées sont une partie essentielle de tout plan de secours en cas de catastrophe. En Haïti, la politique de défense a fait l’objet de nombreux débats, en particulier en raison de la présence et du départ des Casques Bleus dans le cadre de la Mission des Nations unies pour la Stabilisation en Haïti (Minustah). Les questions de souveraineté et de défense du territoire sont en définitive des questions politiques et non économiques. L’économiste planificateur et analyste de projet Rudy Joseph du Ministère de la planification et de la coopération externe (MPCE) contribue à la discussion de manière constructive grâce à une analyse avantage-coût de la réintroduction d’une force armée.

 La Constitution de 1987 et sa version modifiée ont présenté les deux composantes opérationnelles de la politique de défense, à savoir les Forces armées d’Haïti (FAD’H) et la Police nationale d’Haïti (PNH). Cependant, depuis 1995, seule la PNH est opérationnelle. La création d’une armée a commencé par la formation et le déploiement d’ingénieurs militaires.

 Le Dr Joseph étudie les coûts et les avantages de la mise en place d’une organisation militaire composée de trois corps : armée de terre, marine et armée de l’air, avec un objectif de 6500 militaires d’ici 2050. Cette force sera chargée de défendre le territoire, de protéger les zones environnementales sensibles et de réagir aux catastrophes naturelles.

Les coûts liés à la création d’une force armée sont considérables. Cela nécessiterait la construction ou le réaménagement des infrastructures militaires, la formation, l’achat d’uniformes, l’armement, le matériel et l’équipement, ainsi que les coûts d’exploitation, y compris les salaires, la nourriture, le carburant, l’électricité et la maintenance.

 La construction, les opérations, la maintenance et le réaménagement au cours des prochaines décennies coûteraient 22,1 milliards de gourdes.

La défense du territoire coûterait 5,6 milliards de gourdes de plus et le suivi des zones protégées 1,5 milliard de gourdes. La facture totale serait de 29,2 milliards de gourdes. Pour un pays déjà confronté à de lourds fardeaux financiers, cette dépense énorme représente un défi. Cela aurait toutefois de nombreux avantages. Cela aiderait l’Administration générale des douanes (AGD) à réduire ses pertes aux frontières terrestres. Chaque année, les pertes annuelles de l’AGD sont estimées à plus de 19 milliards de gourdes, en raison d’une surveillance insuffisante de la frontière avec la République Dominicaine. Le Dr Joseph estime que la présence de forces armées permettrait de récupérer jusqu’à 43882,9 milliards de gourdes de 2017 à 2050.

Les forces armées pourraient également être un élément clé dans la lutte contre la déforestation. Les forces armées pourraient contribuer à la protection des espaces forestiers définis par le Ministère de l’Environnement. Le Dr Joseph estime que cela permettrait d’économiser jusqu’à 5,9 millions de gourdes en émissions de carbone au cours de la période considérée.

 Enfin, les forces armées seraient en mesure d’évacuer les personnes en cas de catastrophe naturelle. L’établissement de forces armées pourrait donc contribuer à réduire les pertes de vies humaines. Le Dr Joseph estime que cela serait équivalent à 1,5 milliard de gourdes.

 Au total, la création de Forces Armées telles que décrites par le Dr Joseph engendrerait des avantages pour la société haïtienne équivalents à 45,4 milliards de gourdes, ce qui signifie que chaque gourde dépensée aurait un impact positif d’une valeur de 1, 6 gourde.

Le consultant George Granvorka étudie d’autres approches pour réduire la vulnérabilité d’Haïti face aux catastrophes naturelles : la mise en place d’un Système d’alerte précoce inondation (SAPI) dans les 65 communes présentant un risque d’inondation ainsi que la construction d’abris multifonctions pour protéger les personnes et le bétail.

Sur le long terme, le Dr Granvorka estime que ces programmes sauveront non seulement des vies et des moyens de subsistance, mais permettront aussi au gouvernement de mieux anticiper les effets du changement climatique. La population n’aura pas à subir les énormes chocs financiers typiques après une grave catastrophe naturelle. Cela réduira la pauvreté et entraînera une plus grande croissance économique.

 Le Dr Granvorka estime que le coût de la mise en place d’un système d’alerte précoce serait de 1,7 milliard de gourdes. Le coût le plus élevé (216 millions de gourdes par an pendant trois ans) serait dû à la mise en place de plans en cas de catastrophes naturelles dans 65 communes. Les autres coûts comprennent la formation de bénévoles locaux (environ 1,4 million de gourdes par an) et les salaires pour des ingénieurs, des techniciens et des secrétaires (environ 597 000 gourdes par an).

 Ce système permettrait de sauver plus de 290 vies chaque année. En termes financiers (c’est-à-dire la méthode que les économistes utilisent pour comparer différents types d’avantages) cela représenterait 12,9 milliards de gourdes pour Haïti. Cela permettrait également de sauver les revenus des gens, car ils pourraient protéger leur bétail (poulets, vaches et porcs). Le Dr Granvorka estime que cela représente 120 millions de gourdes supplémentaires. Cela signifie que les avantages totaux d’un système d’alerte précoce seraient de 13 milliards de gourdes. Chaque gourde dépensée rapporterait donc 7,4 gourdes en avantages.

L’ajout de 117 abris au SAPI engendrerait des coûts supplémentaires. Le nombre d’abris a été défini en tenant compte du nombre de personnes évacuées au cours de l’ouragan Matthew. La capacité moyenne de chaque abri est de 1150 personnes et 450 animaux.

 La construction de tous les abris coûterait 2,1 milliards de gourdes, plus 63 millions de gourdes supplémentaires par an pour l’entretien. Plus de personnes et plus d’animaux seraient épargnés : 275 vies supplémentaires et des animaux d’une valeur de 16,9 millions de gourdes supplémentaires chaque année. Mais étant donné que les coûts sont nettement plus élevés, le retour sur investissement global serait plus faible : chaque gourde de l’investissement de 4,1 milliards générerait un rendement de 4,2 gourdes pour la société haïtienne.

 D’autres rapports de recherche de « Haïti Priorise », visant à réduire la pauvreté ou à améliorer les infrastructures et les systèmes de santé, peuvent également être considérés comme des moyens capables de réduire la vulnérabilité aux catastrophes naturelles.

 Il existe plusieurs options, mais des solutions efficaces doivent être mises en oeuvre afin d’accroître la résilience du pays face aux catastrophes naturelles. Bjorn Lomborg est fondateur et président du Copenhagen Consensus Center, auteur de The Nobel Laureate’s Guide to the Smartest Targets for the World 2016-2030 et de The Skeptical Environmentalist, et professeur invité à la Copenhagen Business School. Gaëlle Prophète est gestionnaire de projet pour « Haïti Priorise » et est une consultante dont le travail couvre les organismes publics, privés et internationaux dans divers secteurs.

Bjorn Lomborg and Gaëlle Prophète

Résumé du RAC

 

Intervention

Avantage

Coût

Avantages pour chaque gourde dépensée

Force de Défense Nationale

45,4 milliards de gourdes

29,2 milliards de gourdes

1,6

Système d’Alerte Précoce d’Inondation

 13,0 milliards de gourdes

1,7 milliards de gourdes

7,4

Système d’Alerte Précoce et Abris

17,8 milliards de gourdes

4,1 milliards de gourdes

4,2

Les chiffres utilisent un taux d'actualisation de 5%.

 

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