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Conjoncture : le président Jovenel Moïse contraint de négocier en « R »

12 juillet 2018, 9:46 catégorie: Actualité5 033 vue(s) A+ / A-

Le président de la République, Jovenel Moïse, rencontre des responsables de partis politiques.

 

Rouge vif (entre feu et flamme) a été la couleur dominante durant ce week-end du 6 juillet 2018, après la défaite dans la coupe du monde de football Russie 2018, de l’équipe des cinq étoiles (jaune et vert), face à l’équipe belge surnommée les diables rouges.

Russie 2018 en Haïti : rouge aux couleurs des revendications

Retour au calme dans la communauté des fanatiques du Brésil en Haïti, le vendredi 6 juillet 2018. Rire, réjouissance et farouche dans l’autre camp des fanatiques adverses toutes les tendances confondues, pour les équipes comme l’Argentine, l’Allemagne, le Mexique, entre autres qui se sont remisées dans les huitièmes de finales en particulier.

Russie 2018 n’aura pas permis à l’Exécutif haïtien de satisfaire ses principaux besoins socioéconomiques, entre l’apaisement des masses avec la distribution des télévisions au début de juin, jusqu’à l’augmentation un mois plus tard, au début de juillet, des prix des produits pétroliers, qui allaient certainement réveiller un certain nombre de rancoeurs, de ressentiments, de rancunes, de revendications, de remords et de réactions violentes vers certains éléments des classes possédantes en Haïti.

Richesse entre répartition et réappropriation lors des révoltes

Richesse en Haïti, entre mauvaise distribution, mauvaise répartition et mauvaise utilisation pour reprendre le chanteur Jean Jean Roosevelt, demeure sur cette terre le noeud gordien à défaire pour ne pas tomber dans le chaos planifié par nos élites depuis plusieurs générations.

Responsabilité partagée entre la Police nationale d’Haïti qui est appelée à protéger les vies et les biens et servir la population dans les bons et mauvais moments ; avec le gouvernement dans sa totalité sur la base du principe d’intelligence classique : « Diriger c’est prévoir ». Cela dit, on ne saurait ne pas identifier le niveau de responsabilité de tous les acteurs étatiques dans cet événement, ne serait-ce que pour éviter le pire à l’avenir, quand il s’agira de finaliser la prochaine équation des prix, la communication politique à accompagner ces mesures, la prévention, l’information au niveau des services d’intelligence, les considérations d’ordre social, économique, environnemental et culturel, etc.

Responsabilités des autorités et réponses appropriées !

Réponse tardive apportée par les autorités haïtiennes, entre sécurisation et communication du premier des citoyens, plus de 48heures après les scènes de pillage et d’incendie des entreprises ciblées, dans les principales villes comme Delmas, Tabarre et Pétion-Ville, trois communes hautement stratégiques dans la vie politique et économique de la capitale haïtienne.

Réunions et rencontres depuis se sont multipliées entre le président de la République avec les différents secteurs touchés et les institutions influentes de la société. Des rencontres se sont tenues également dans les camps des victimes après le constat des dégâts pour pouvoir formuler des revendications légitimes, tout en identifiant la responsabilité de l’État et les autorités à sanctionner leur incapacité technique et leur incompétence politique.

Rencontre sectorielle ou résistance politique face au changement revendiqué par plus d’un

Résistance politique ou stratégie de prolongation comme nous sommes au temps du mondial, malgré la demande des divers secteurs de renvoi ou dans la forme classique de démission du Premier ministre Jacques Guy Lafontant et de son gouvernement. Face à l’ampleur de ces dégâts, ce dernier semble emprunter la route « Tête droite » qui mène vers la séance d’interpellation dont la conclusion avec nos honorables parlementaires peut être le renouvellement de la confiance complice entre ces deux pouvoirs ou le renvoi de l’ensemble du gouvernement Lafontant.

Retour des partis politiques sur la scène. Si certains s’énervent de voir revenir certaines têtes indésirables remisées jadis. D’autres sont aussi satisfaits de revoir leur leader et ruminer un discours peut-être trop visionnaire pour une population tenue dans l’ignorance. Rendez-vous incontournable pour un retour dans les médias. Réactions, réserve, revendication, remèdes, rapatriement et récupération figurent dans la liste des objectifs fixés entre les notes et les opinions partagées dans l’opinion publique par ces figures politiques, dans leurs droits les plus légitimes de communiquer sur la réalité sociale dans l’espace politique.

« Repartimientos » ou le retour sur la table des négociations pour le remaniement !

Retour sur la table des négociations entre les pouvoirs exécutif et législatif, les partis politiques, le secteur des affaires, en particulier les principaux et puissants entrepreneurs victimes de ces violences cibles. Le président Jovenel Moïse ouvrira désormais un nouveau chapitre dans son mandat présidentiel. Il devra obligatoirement confirmer ses nouveaux talents de jongleurs pour tenter de satisfaire toutes les forces vives de la nation, dans la hiérarchie des intérêts revendiqués entre la majorité et la minorité qu’il représente dans la forme et le fonds.

« Repartimientos » ou la distribution de terres et de personnes comme au temps de la colonisation espagnole, dans ce perpétuel recommencement dans l’histoire d’Haïti, nous allons certainement assister à des négociations de postes et de privilèges, dans une démarche de réparation et de restitution, ou de « rache manyòk » en cas de prolongement de la crise ou des ruses pour faire monter les enchères entre le pouvoir et l’opposition qui tente de ressusciter dans la foulée.

Recettes prevaliennes à revoir en ces temps de crises, pour partager la cerise quand il n’y a plus de gâteau !

Recoller les morceaux du tissu social parait comme le principal et le véritable défi à relever par le président Jovenel Moïse pour sortir debout dans cette crise et boucler son mandat et rester dans le pays. Reconnaitre ses erreurs et ses torts, ses lacunes et ses limites en politique ne peuvent que l’aider à sortir la tête haute de l’eau bouée et puante, en évitant de nouvelles rebellions internes et externes sur la base des revendications les plus légitimes.

René Préval n’est plus. Mais ses recettes et ces leçons demeurent des classiques dans l’art de négocier et de trouver la stabilité entre les groupes d’intérêts. Tout en reconnaissant du même coup ses limites également et ses empreintes dans le prolongement de ces crises politiques à répétition prés de dix ans plus tard (émeutes avril 2018 et juillet 2018), l’administration Jovenel Moïse devra obligatoirement le rattraper et le dépasser, tout en réparant les tronçons où l’homme de Marmelade avait échoué dans sa philosophie « Naje pou soti » !

Rationaliser les dépenses publiques, réviser à la baisse les promesses, renforcer les investissements !

Réviser à la baisse ses promesses pour éviter de se faire ridiculiser par l’histoire, réviser le prochain budget tourné autour de la République de Port-au-Prince, rationaliser les dépenses de l’État, reconnaitre ses limites financières, économiques et culturelles, réparer les torts causés dans l’esprit et les biens des populations vulnérables en particulier, reconsidérer les conseils et les suggestions de ceux qui ne sont pas au palais, respecter le sacrifice des policiers, des professeurs et du personnel médical pour ne pas augmenter leur frustration, récompenser désormais l’excellence que vous occuper comme fonction, et rapprocher toutes les couches de la population autour d’un agenda commun, cohérent et durable, sans démagogie résument un grand nombre des attentes et des revendications qui vont certainement revenir amplifiées si aucun signal réciproque n’est donné.

Restaurer l’image du parlement haïtien demeure un des défis à relever s’il faut véritablement assurer une meilleure gouvernance de l’État, dans ses maigres ressources.

Rassembleur demeure le profil à projeter ou à recruter dans les prochains remaniements pour recréer la confiance entre les fils et les filles du pays, entre la population et ses dirigeants. Résistant encore face au chaos et au désespoir renforcé avec l’arrivée des nouveaux professionnels qui seront au chômage après ces émeutes du 6 juillet, les jeunes attendent encore une réponse concrète autour de leurs revendications qui se renouvellent tous les 12 août depuis quelques décennies.

Rassembleur : le profil exigé pour recoller les morceaux du tissu social totalement déchiré

Réalisme politique s’impose pour réussir même sans reconnaissance, en héritant si facilement du pouvoir aussi rachitique d’un régime en rose, il fallait bien s’attendre à autant d’épines.

Réinventer la stabilité durable à quel prix ? Revendications légitimes de la population, réparation des victimes et restitution du pouvoir aux partis politiques, autant de risques et de ruses qui vont déterminer les prochaines négociations devant et derrière les rideaux.

Dominique Domerçant

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