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Circuler à Cap-Haïtien : un véritable calvaire

24 mai 2018, 7:32 catégorie: Société8 064 vue(s) A+ / A-

L’évolution de la ville du Cap-Haïtien parait triste et lamentablement désespérante. Deuxième ville du pays, elle est confrontée à tous les problèmes liés à un pays pauvre. Parmi ces problèmes l’un parait très préoccupant : la circulation à travers la ville. C’est un véritable casse-tête, un calvaire. Circuler dans les rues de la ville parait vraiment problématique et en ce qui concerne le centre-ville, n’en parlons pas. Lorsqu’une personne se déplace pour se rendre quelque part, elle se demande quant elle va arriver à destination ou est-ce qu’elle doit laisser tomber. Dans ce cas, il vaut mieux rester chez soi./Sinon, il vaut mieux rester chez soi. Pourquoi les déplacements sont si problématiques dans la ville. Que faire pour apporter une solution rapide ?. Dans cet article, les principaux problèmes seront présentés et quelques éléments de solution seront proposés.

Une ville poubelle

L’état actuel de la ville a fait la une de tous les journaux, des émissions de radio et de télévision au commencement de l’année. Certains sites et blogs sont même allés jusqu’à la classer en première position, même avant Port-au-Prince, dans le classement des villes les plus sales d’Haïti. En effet, ils n’ont pas totalement tort. Ces déchets qui occupent les rues de la ville posent de grands problèmes de circulation or il est clairement dit dans l’article 51 de la loi du 22 juillet 1937 cité dans un article de Arthur de Matteis (2008), qu’il est interdit de laisser séjourner des ordures ménagères sur le sol, dans le voisinage des habitations, dans les rues, dans les cours, dans les jardins ou sur les fermes. Assez souvent, l’espace occupé par les immondices empêche toute fluidité dans les déplacements, car la chaussée et les trottoirs sont à la fois encombrés. Qu’il s’agisse de déplacement à pied ou en automobile le constat est le même : les déchets représentent un réel frein à la circulation. Parfois, on peut passer des minutes devant un tas de détritus en attendant une moto. Ce sont souvent les travaux de ramassage d’ordures dans la ville qui causent les embouteillages monstres. Lorsqu’il y a pluie, c’est tout un imbroglio, car les déchets se déferlent dans les canaux et vont s’amonceler quelque part rendant ainsi la circulation difficile. Dans ce contexte, toutes ces eaux vont circuler dans les rues et charrient avec elles toute forme de débris qui vont les encombrer (alluvions, bois, carcasses métalliques). Dans un deuxième temps il y a un problème d’imperméabilité du sol à cause des constructions, des routes et autres infrastructures en béton ou en asphalte. Or le GRAME (2011) a fait comprendre que les problèmes des eaux de pluie deviennent plus grands en raison d’une plus grande surface imperméable.

Une ville parking

Malgré la pollution causée par les voitures dans nos villes, personne ne peut oser imaginer sa vie sans les véhicules, car parcourir des kilomètres à pied par jour est impensable. Mais malgré l’importance de ces véhicules, il faut trouver un endroit où les mettre lorsqu’on ne les utilise pas (un parking). Et c’est exactement là que se trouve le problème, car elles occupent beaucoup de places or, nous n’en avons pas assez. Il n’y a pas de parking dans la ville même pour un quart de ces véhicules. Par conséquent leurs propriétaires les stationnent n’importe où et parfois pour un temps très long. Ce phénomène est constaté et en centre-ville et en zone périphérique. Hormis cela, il y a aussi le phénomène des garages et des Car-Wash en pleine rue. Malgré les interventions de la mairie dernièrement pour tenter de mettre fin à cette situation, les mises en place n’ont pas fait long feu. On peut actuellement constater que dans toute la commune il y a plusieurs de ces parkings qui réduisent la fluidité de la circulation. L’un des exemples clairs est le garage en plein air qui se trouve à la rue 5 sur le boulevard. Il y a aussi le phénomène des stations de motos qui occupent de plus en plus de place dans les rues. Dans chaque rue on peut faire le constat des taxis motos qui se stationnent sur les trottoirs ou encore au milieu de certains carrefours. Cela représente un véritable handicap à la circulation et ralentit ceux qui aimeraient circuler rapidement et facilement.

Ville marché

La ville du Cap-Haïtien est devenue un grand marché public. À chaque coin de rue, chaque trottoir et même dans des corridors on retrouve un petit marché. En fait, les marchands occupent tous les endroits réservés aux piétons. Durant la journée il y a les marchandes de friperies, de produits alimentaires, de produits pharmaceutiques et cosmétiques. Ces marchandes installent leurs produits à même le sol ou dans des brouettes stationnées sur les trottoirs. C’est un encombrement total de l’espace réservé normalement aux piétons. On y retrouve aussi les pauvres qui s’assoient pour mendier. Lorsqu’il fait noir, les activités de la nuit se substituent à celles de la journée. Les marchands de spaghettis, de fritures, de jus et autres préparations alimentaires investissent ces lieux publics pour installer leurs business.

Sécurité routière

Le transport en Haïti est vraiment chaotique, mais c’est encore pire lorsqu’il s’agit de transport dans les grands centres urbains. Selon un article de Saint-Ange (2017), nous avons eu en moyenne 29,583 accidents en milieu urbain entre 2000 et 2010, ce qui fait une moyenne de près de 3000 accidents par an. Avec le constat de l’augmentation des véhicules et l’état déplorable de nos routes dans le pays il est presque certain que ces chiffres sont en augmentation. L’agressivité des chauffeurs est un élément extrêmement important à noter. Ils sont toujours en course contre la montre. C’est encore pire avec les chauffeurs des motos appelées «chawa pete» qui semblent ne pas savoir où se trouvent les freins. Ils terrorisent la population par leur comportement et n’ont de respect pour aucune norme de la circulation or lors des accidents, les infirmières et médecins ne sont pas pressés à prodiguer des soins aux victimes. Et, lorsqu’il y a un accident sans blessés ou morts, les deux parties laissent toujours leurs véhicules au milieu de la rue, bloquant la circulation jusqu’à ce qu’un policier arrive. Cela prend parfois des heures et cause des embouteillages qui paralysent toute une partie de la ville.

Défilés d’enterrements

Chose bizarre que des d’enterrement puissent être des épines pour la mobilité à Cap-Haïtien. En effet, lorsque quelqu’un est mort on lui réserve un dernier hommage. On doit prendre une fanfare derrière laquelle les parents et les amis s’aligneront pour défiler sur la route nationale #1 si ce dernier doit être enterré à la rue 2 L (c’est le cimetière principal de la ville). Si l’enterrement est chanté à l’Église catholique Sacré-Coeur ou l’Église Baptiste qui se trouve à la rue 2 L, tout prêt du cimetière, la mobilité ne sera pas trop touchée. Mais dès que la cérémonie a lieu dans une autre église, par exemple à la cathédrale Notre-Dame qui se trouve à la rue 18 en face de la Place d’Armes, ce sera une catastrophe. Si c’est un pauvre sans influence la ligne peut ne pas dépasser les 100 mètres, mais imaginez-vous qu’il s’agit de quelqu’un qui a eu beaucoup d’amis ou quelqu’un dont la mort a attiré l’attention de toute la ville. Cette ligne peut aller jusqu’à 500 mètres voire un kilomètre (1 km) de longueur et du coup, elle bloque la circulation de la ville. Ces personnes vont investir la route nationale et ce sera une ligne qui avance à pas de tortue. Cela peut provoquer un embouteillage qui peut durer une demi-heure, deux heures. Cela paralysele bon fonctionnement de toute la ville.

Conclusion

Cap-Haïtien est caractérisée par une ligne de faille organisationnelle qui entrave le bien-être de toute la population en général. Le Corbusier cité dans un article de Harman van der Wusten (2016) faisait comprendre que la circulation était l’une des fonctions piliers d’une ville. Par conséquent, une ville qui ne peut pas assurer la bonne marche de la mobilité est une ville qui fonctionne mal. Ici le mauvais fonctionnement est surtout dû à un ensemble de phénomènes qui gênent les endroits laissés aux piétons. Par exemple l’article 15 du décret de 2006 sur l’immatriculation et la circulation des véhicules stipule que personne n’a le droit d’obstruer par des étalages ou des objets de quelque nature que ce soit, les trottoirs ou galeries qui servent exclusivement au passage des piétons (Le Moniteur, 2006). Mais, on peut tout simplement comprendre que cela reste du papier. Malgré tout on peut parvenir à sortir de ce problème avec quatre (4) solutions à court terme. En premier lieu il faut penser à évacuer les trottoirs afin de faciliter le déplacement des habitants. En deuxième lieu on doit résoudre la crise des déchets, car les détritus occupent de plus en plus de places dans la ville. Cela inclut le nettoyage des canaux et égouts pour faciliter la circulation et empêcher les eaux de pluie de prendre en otage toute la ville. Le ramassage des ordures doit se faire la nuit pour ne pas servir d’obstacle à la mobilité. En troisième lieu il faut structurer le transport en s’assurant que tous les chauffeurs de voitures et de motos s’alignent aux règlements de la circulation. En dernier lieu il faut mettre fin à la pratique des défilés d’enterrements qui investissent la route principale de la ville.

ROLL Emile Ludwill Etudiant en fin de cycle en Aménagement du Territoire au Campus Henry Christophe de Limonade

Bibliographie

  1. GRAME, 2011, Les transports urbains et développement de la ville. p.2
  2. Herman van der Wusten, 2016, La ville fonctionnelle et les modèles urbains qui lui ont succédé, DOI : 10.4000/ echogeo.14634
  3. Le moniteur, 2006, Décret relatif à l’immatriculation et à la circulation des véhicules, presse nationale d’Haïti, Port au Prince. p.4
  4. Arthur de Matteis, 2008, La législation sur la voirie et l’urbanisme, Le nouvelliste. [En ligne].[https://lenouvelliste. com/lenouvelliste/article/60782/La-legislation-sur-la-voirie-et-lurbanisme] (consulté le 19 mai 2018).
  5. Saint-Ange Marc Donald 2017, Quelle norme de la circulation routière pour Haïti, Lenouvelliste,[enligne]. [http://lenouvelliste.com/article/172078/ Quelle%20norme%20de%20la%20 circulation%20routière%20pour%20 Haïti%20] (consulté le 19 mai 2018).

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