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Centre Na Rive à Montréal : la passion de redynamiser la culture haïtienne

27 août 2017, 10:12 catégorie: Diaspora1 489 vue(s) A+ / A-

Chaque fois que le nom d’Haïti est cité dans le monde international, il passe presque toujours par le prisme de l’ostracisme, afin d’illustrer le procès séculaire qu’on lui fait pour l’abaisser au niveau d’un paria. Et, même dans ses frontières nationales, il est aussi condamné par une pesante fatalité historique qui  reproduit la politique du pire invariablement.

 Si cette irréductible traversée du désert ou descente en enfer finit pas s’ériger en constat d’évidence, ce n’est pas, fort heureusement, l’unique caractéristique de cet État-nation au passé héroïque et au présent stoïque. C’est que, au-delà de ses faillites politiques et économiques monumentales, il faudra, en revanche, saluer et  reconnaître la brillance de certains domaines de sa culture et des grands créateurs qui en font la promotion. La littérature excelle avec Roumain, Marie Chauvet, Laferrière, Yanique Lahens, Gary Victor et Trouillot. En peinture, on célèbre Gérald valcin, Rose-marie Deruisseaux, Philomé Obin et tant d’autres. En musique triomphent Ludovic Lamothe, Frantz Casseus, Guy Durosier, la musique Racine, un prodigieux retour aux origines. En sculpture, Albert Mangones, Patrick Vilaire et Ludovic Booz se sont distingués. La maîtrise de l’esthétique qui fait l’unanimité s’annonce et se confirme comme illustrations permanentes de culture et de civilisation.

On gagne à promouvoir dans les communautés extérieures les effets multiplicateurs de notre patrimoine culturel. Toute politique de savoir engagée devrait être encouragée. Notre responsabilité vis-à-vis des jeunes demeure et se multiplie même au moment de la mise en permanence de la politique du chaos qui cause l’effritement des valeurs en Haïti. Si les livres et la littérature ouvrent l’horizon mental et intellectuel de nos jeunes, ils renforcent aussi la mémoire collective qui édifie un pont entre le passé, l’avenir et nous.

Le centre Na Rive, centre d’alphabétisation et d’insertion sociale à Montréal semble très conscient de vouloir relever ces défis incontournables. Ses activités culturelles traduisent sans doute la passion d’accompagner le renforcement et le développement de l’autonomie individuelle dans la communauté haïtienne de Montréal. Ses membres dirigeants, qui adoptent un calendrier annuel actif, et même éreintant, visent à la    réalisation de certaines missions non négociables. Et, parmi elles, se recoupe cette trouvaille géniale qui grandit chaque année encore un peu plus depuis une décennie : la Journée du Livre haïtien.

 Les invités en grand nombre investissent le centre au 6971 rue Saint-Denis dès 11 heures. Ils n’hésitent pas à faire montre de générosité, car, en ce grand jour du samedi 19 août, 2017, chaque dollar compte pour les réalisations du centre Na Rive. C’est la 10e année et c’est avec beaucoup de fierté que les membres s’apprêtent à célébrer ce grand rendez-vous culturel avec des auteurs, éditeurs, animateurs, conférenciers, journalistes et le grand public qui se compose d’un lectorat de différentes catégories. On associe forcément la musique, la poésie, les nouvelles, le roman, le théâtre, l’histoire. La mémoire et la politique-tradition obligent. « Le centre promet de surprendre les visiteurs, une fois de plus, avec une véritable fiesta haïtienne : tables rondes, lancements, conférences, expositions, délices créoles, cocktail et piano/tam-tam seront au rendezvous pour célébrer cet anniversaire bien spécial ».

Au début, après le discours inaugural des édiles de la ville et Ninette Piou et Dieujuste Beauger, celui de la directrice et celui du président du centre et celui des membres du conseil d’administration, la musique sera de mise. Elle pourra détendre l’assistance, la décontracter pour mieux absorber l’ensemble du spectacle qui suit. Cependant, qu’on ne l’oublie pas surtout, un autre projet de grande importance communautaire avait aussi vu le jour le 3 août au centre. Sous l’égide de M. Frantz Benjamin, conseiller de ville et président du conseil municipal de Montréal et de Mme Nathalie Pierre-Antoine, conseillère d’arrondissement, plus d’une trentaine d’intervenants, de représentants de la communauté haïtienne, des secteurs privés, institutionnels, du député fédéral de Bourassa et provincial de Viau, ont participé à cette initiative. « De plus, des citoyens et citoyennes engagés ont apporté leur contribution en créant la Concertation haïtienne pour les Migrants 2017(CHPM2017) dont le premier communiqué a énoncé les objectifs et aspirations à la lumière de cette situation préoccupante qu’est la recrudescence des migrants en provenance des États-Unis », pourchassés par des velléités désormais plus rigides de la nouvelle administration américaine du président Trump.

Pour permettre de faire le plein culturel aux invités cette année, le centre Na Rive a pris le soin de convier à part quelques monstres sacrés de notre champ littéraire, d’autres écrivains à succès et surtout un grand nombre d’éditeurs québécois bien connus. On a pu relever avec joie l’active participation de Dany Laferrière, Gary Victor, Joël Des Rosiers, Robert BerrouëtOriol, Frantz Voltaire, Rodney saint-Éloi, Jan J. Dominique, Fred Doura, Lenous Suprice, Jean-Claude Icart, Stephane Martelly, Roberson Édouard, Gabriel Osson et tant d’autres. On a savouré des moments de foisonnement intellectuel et culturel au cours de l’exposition des  auteurs haïtiens de Montréal, des entretiens de Maguy Métellus avec les écrivains, le plaisir de la table ronde des nouveautés, les hommages aux auteurs disparus d’Eddy Cavé et le lancement de la revue Chemin Critique.

 De mon côté, à part le fait d’avoir rencontré beaucoup de collègues et d’amis,comme Hugues Saint-Fort et Castro Desmangles, j’ai pu exposer un grand nombre d’ouvrages, de 1492,le viol du Nouveau Monde, Jacques Roumain et Haïti, René Depestre, Du chaos haïtien à la tendresse debout, Le vodou au 3e millénaire, Robert Large, La fragmentation de l’être, jusqu’au dernier paru : L’univers romanesque de Dany Laferrière (Dialogue Nord/Sud, 2017).

Mon bonheur de participer à cette journée du livre s’est considérablement accru quand  Maguy Métellus,par un geste de générosité coutumière, m’a offert le micro. J’ai pu brièvement annoncer quelques thèmes importants de cette étude à succès sur l’œuvre de mon académicien préféré. J’aime faire comprendre chez Laferrière la totalisation de l’esthétique, le défi de l’exil traumatisant, la poétisation de la précarité, les sentiments géographiés et chronologistes, le succès qui découle du pouvoir de la déconstruction du romancier, un narratif transcendant les limites traditionnelles, composé de morceaux du passé, du présent et de l’avenir et enfin la finalité du message ou le message de la finalité qui nous invite avec des accents un peu depestriens à la célébration d’une fête qui nous permet de vaincre l’extrême déplaisir de vivre…

 Frantz-Antoine Leconte, PH.D

Monréal Québec,Canada,

 le 19 août 2017.

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