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Le Centre culturel Charles Moravia et sa rétrospective sur Arnold Antonin

16 mars 2017, 10:44 catégorie: Culture5 828 vue(s) A+ / A-

Le réalisateur Arnold Antonin./Photo : Kreyolicious.com

 

Le National : Parleznous de cette nouvelle programmation du centre culturel Charles Moravia ?

 Jacques Adler Jean Pierre : Dans le souci de favoriser l’accès à la culture et aux choses de l’esprit dans le Sud-Est, à Jacmel particulièrement, le centre Culturel Charles Moravia propose, depuis 2007, une programmation diversifiée à l’intention du secteur culturel, à partir d’une série d’ateliers de théâtre et de lecture réalisés avec une cinquantaine de jeunes pour la plupart, élèves et étudiants.

 Cela constitue pour nous un élément fondamental pour le développement du secteur culturel Jacmélien. Ainsi, favoriser l’accès des citoyens aux pratiques culturelles est pour nous une responsabilité. C’est aussi une grande responsabilité pour les institutions publiques et la société civile. C’est un bon moyen d’éviter l’exclusion sociale. Car, trop longtemps une minorité de la population a accès à tout ce qui procure le bien-être et la majorité n’a que la trivialité, la bêtise, le bruit… Le centre Culturel Charles Moravia dispose d’une bibliothèque qui porte le nom de Marc Exavier.

Il dispose aussi d’un programme de résidence de création « Résidence de l’Amitié » offrant aux créateurs d’horizons divers un accueil physique pour partager, expérimenter et promouvoir leurs créations. Ce programme de résidence de création a déjà reçu plus d’une vingtaine d’artistes et de créateurs d’ici et d’ailleurs pratiquant des disciplines différentes.

 Depuis sa création, le centre culturel Charles Moravia contribue ainsi à fortifier le développement du secteur culturel à Jacmel comme facteur de cohésion sociale. À longueur de l’année, nous proposons nombre d’activités artistiques et culturelles. Ventes-signatures, ateliers d’écriture et de lecture dans des écoles, conférences-débats, sont autant d’activités déjà relevées dans les actifs du centre, à côté d’un programme phare dénommé : « Résidence de l’amitié », à partir duquel le centre accueille des artistes en résidence de recherche et de création.

LN : Quels sont les films proposés et pour combien de temps fixez-vous cette programmation ?

 JAJP : Nous organisons depuis janvier 2017 dernier, un rétrospectif cinématographique autour de l’oeuvre du réalisateur haïtien Arnold Antonin. Un schéma de cinéma public qui donne la possibilité aux jeunes jacméliens de s’éduquer dans leur propre culture. Car, Arnold Antonin travaille foncièrement sur la littérature, les arts plastiques et autres… Il est important de rappeler que c’est le succès de « Destination Brésil », documentaire de Valéry Numa qui a donné naissance à cette série de projections rendant hommage à la production de Arnold Antonin tout en questionnant aussi l’absence des salles de cinéma en Haïti.

« Les amours d’un zombi », « Le président a-t-il le SIDA », « Six femmes d’exception », « Piwouli et le zenglendo », « GNB Kont Atila », sont autant de films projetés sur la place Toussaint Louverture. Cette programmation restera sur Jacmel jusqu’au mois d’avril prochain grâce au support du ministère de la Culture, Foukimage Productions, Artiste Institut, la mairie de Jacmel et des stations de radios locales telles Tweet FM, Radyo Pèp la, Radio SudEstar…

LN : Le choix de ces films a été motivé par quoi ?

J.A.J.P. : Le choix de ces films a été motivé dans l’objectif de favoriser la démocratisation de l’accès à la culture, à la connaissance, à l’information, au loisir et au savoir à Jacmel. Que le cinéma, et toutes les autres pratiques scéniques de l’esprit fassent partie intégrante du quotidien des jeunes.

 LN : Quel public attirez-vous ? Y a-t-il un engouement auprès des jeunes ?

JAJP : Le public qui nous intéresse le plus c’est la jeunesse. Et le centre culturel Charles Moaravia, c’est un groupe de jeunes librement rassemblés autour d’une passion et d’un rêve. Cette passion, c’est la culture. Et le rêve, c’est d’élargir dans notre pays, notre entourage, le cercle des jeunes amants pratiquant la culture aujourd’hui. Car, trop restreint et trop isolé, dans un océan de bruits et de médiocrité, le secteur culturel haïtien ne favorise pas assez l’accès à la culture. Personne ne peut contester l’importance de la culture dans la formation intellectuelle et affective des jeunes et par ricochet dans la construction de la communauté. Cependant, on ne déploie pas assez d’efforts et de moyens pour favoriser et valoriser la culture dans la vie des jeunes. Sur les milliers d’établissements scolaires qu’on dénombre aujourd’hui à travers Haïti, notamment à Jacmel, combien sont pourvus de cours sur les pratiques artistiques et/ou d’une bibliothèque, même embryonnaire ?

À Jacmel, la littérature s’enseigne généralement sans le recours au livre. Et je crois que c’est pareil pour la majorité des écoles d’Haïti. Et, on a l’impression que le ministère de l’Éducation nationale ne s’est jamais préoccupé de telles anomalies. En tout cas, le centre est très peu enclin à prendre au sérieux une école qui n’a pas de cours sur les pratiques culturelles et de bibliothèque, quels que soient ses résultats aux examens officiels. Car, c’est donc une urgence pour le CCCM de partager la culture avec les jeunes.

Le National : Quels sont les objectifs à court terme du CCCM ?

Jacques Adler Jean Pierre : Notre plus grand souci aujourd’hui c’est de trouver des fonds pour payer le loyer et faire des travaux de réaménagement.

Propos recueillis par :

Jean Emmanuel Jacquet

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