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Ce mal qui …

07 août 2018, 10:16 catégorie: Édito17 730 vue(s) A+ / A-

Aujourd’hui 7 août, il faut croire que le mot corruption a battu tous les records de citation, en étant la vedette du jour. Des citoyens déterminés, peut-être pas assez nombreux, ont battu le pavé pour dénoncer la corruption qu’ils considèrent comme un véritable cancer qui risque d’emporter le pays.

Même de très mauvaise foi, personne, en Haïti, ne peut nier ou contester le règne inquiétant et absolu de la corruption au point qu’on se plait à l’accepter pour une pratique normale, une manière de travailler, de faire des affaires, de prospérer. Cette corruption, comme une toile d’araignée étouffante patiemment tissée par la société entière, enveloppe la rue et ses petites débrouilles, la fonction publique, l’entrepreneuriat privé, les écoles, l’église voire la famille. De l’aboloctho au gwo zouzoun, tout le monde, en quête de faveurs, cherche à se placer dans le cercle fermé du pouvoir. Pour y arriver, il faut soit avoir beaucoup d’argent pour contribuer au financement d’une campagne soit avoir la capacité de contrôler les forces réelles du pays, capables de donner et de reprendre le pouvoir.

Aujourd’hui 7 août, la manifestation contre la corruption n’a pas fait recette. Les organisateurs attendaient un demi-million de personnes. Elles n’étaient que quelques centaines. Pourtant, les organisateurs, très pédagogues, ont, dans leur tournée médiatique préalable à la manifestation, expliqué le coût économique de la corruption. Elle compresse les services publics dus à la population, particulièrement aux plus vulnérables. Elle entrave les investissements productifs. Elle grignote le pouvoir d’achat et contribue, par ricochet, à la décroissance.

Des mauvaises langues diront que la guerre contre la corruption se fera qu’avec des déclarations populaires des expressions techniques des intentions politiques. L’essentiel est désormais coutume et pratique institutionnalisée.

Aujourd’hui 7 août, le Palais national a battu la grosse caisse autour de la corruption. Comme une résonance ou mieux un prolongement des bruits de la rue, le président a abordé la corruption, non comme une fatalité haïtienne, mais comme un fléau qui hypothèque le développement du pays et qu’il faut combattre par tous les moyens.

Depuis les évènements de début juillet, des voix, nombreuses et autorisées, s’élèvent pour réclamer la responsabilisation de tous les acteurs par un engagement politique fort et sincère ainsi qu’une implication moins molle de la société civile.

Et si seulement c’était la nouvelle priorité ou la nouvelle stratégie placée au sommet de la hiérarchie comme l’était la Caravane du changement ? Il est certain que le Premier ministre fraîchement nommé aura de la responsabilité sur ses épaules, que la République trouve frêles sur la photo. Le président, dans sa prise de parole lors de la présentation du PM désigné, lui a clairement imposé une feuille de route avant la lettre. Il s’agira pour le notaire Céant, s’il survit à l’épreuve du Parlement, de: i) combattre la corruption; ii) réduire le train de vie de l’État; iii) assainir les finances publiques. Et, énorme et probablement empoisonnée cerise sur le gâteau, le Premier ministre Céant, homme de grande élégance au milieu d’un large réseau d’amis et de clients, aura à déterrer le dossier PetroCaribe. Fera-t-il mieux que les autres? Les institutions chargées de contrôler et de réprimer les actes délictueux ont précédé à la nomination de Me Céant et d’autres chefs de gouvernement. Avant le notaire, elles se sont contentées de petites menaces, de demi-mesures, qui, additionnées au centième près, n’ont pas produit de résultats notables.

On se réjouit de la mise en cohérence prochaine des actes et des paroles. Plus qu’une entorse à la morale, la corruption est un crime. Nous sommes choqués par les histoires de pots-de-vin, et il faut les combattre. Cela peut avilir, déclasser, emprisonner, mettre à l’amende certaines personnes et rendre service à la société. Mais, le pays a aussi et surtout besoin de mouvements pour freiner et punir les crimes et abus financiers ainsi que les flux illicites de capitaux.

Jean-Euphèle Milcé

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