Accueil » Société » Carnaval : « les bagarreurs ne sont pas des bodybuilders »

Carnaval : « les bagarreurs ne sont pas des bodybuilders »

08 février 2018, 7:47 catégorie: Société16 326 vue(s) A+ / A-

La période carnavalesque est, selon plus d’un, un moment fort pour les amants du bodybuilding en Haïti. L’organisation spatiale de la plus grande fête populaire haïtienne qui pose de graves problèmes de sécurité la fait passer pour un événement que seuls les plus costauds ou les moins poltrons décident de braver. Au-delà des risques de bousculade, il y a le comportement des géants qui frappent aveuglément les autres participants ou qui se tiennent prêts à réagir violemment au moindre dérapage. 

 

L’idée que les salles de sport sont bondées chaque fois que s’approche le carnaval est très répandue en Haïti, vu les nombreuses bagarres dans lesquelles sont impliqués des hommes au physique imposant. Le PDG de Power Fitness Club, Raphaël Élie, confirme que son entreprise reçoit plus de nouveaux membres dans les mois précédant le carnaval que dans d’autres périodes de l’année. Le coach reconnait que certains font de leur physique un atout au carnaval et cherchent par tous les moyens à mesurer leur force au milieu de la foule. Mais il s’empresse de préciser que le fait d’associer cette discipline sportive aux violences est une grave erreur. 

 

« Le vrai bodybuilder ne s’entraîne pas que pendant quelques semaines, mais durant toute l’année », affirme M. Élie qui a pris part à des compétitions de bodybuilding avant de se dédier entièrement à son club où il accompagne de nombreux amants de cette discipline sportive. Ajoutant que de tels athlètes sont loin d’être des violents, il va jusqu’à croire que, vu leur hygiène de vie, ils ne doivent pas être nombreux à aller s’exposer aux multiples risques du défilé des trois jours gras. 

 

Confiant qu’il a, lui-même, été, par le passé, un de ces bagarreurs compulsifs, il témoigne qu’il a finalement renoncé à cette pratique qui ne procure, selon lui, aucune fierté. Se basant sur sa propre histoire, il dit croire que certains de ces des fauteurs de troubles pourraient, grâce à la dynamique positive qui se dégage généralement dans les salles de gym, devenir de vrais bodybuilders et renoncer à la violence.

 

Raphaël Élie déclare qu’il faut éviter de confondre les bodybuilders dignes de ce nom — qu’il présente comme des personnes dotées d’un esprit athlétique — avec d’autres personnes qui s’enflent à l’aide de stéroïdes anabolisants pendant les deux ou trois mois qu’ils passent à se préparer. Les salles de sport n’ont pas la vocation d’alimenter la violence, mais d’en réduire, dit-il en s’interrogeant, perplexe, sur la santé mentale de ceux qui se rendent au carnaval avec l’intention de se battre. 

 

Le coach encourage l’application de politiques publiques favorable à la promotion de la pratique du sport sur toute l’étendue du territoire national. Avec des jeunes et des adultes qui font des exercices régulièrement, le pays obtiendra une réduction des facteurs de risques liés à un ensemble de maladies et également une diminution de la criminalité, argumente-t-il. Raphaël Élie se réjouit de constater que ces derniers temps, beaucoup de personnes ont compris qu’elles doivent bouger un peu plus pour avoir une belle silhouette et prévenir des maladies cardiovasculaires et autres.

 

De nombreuses interrogations persistent sur les comportements violents observés dans le carnaval haïtien. Avant qu’une étude soit menée sur la question, plusieurs hypothèses sont formulées. Une première soutient qu’il s’agit de réactions dues à des frustrations alimentées par les inégalités qui caractérisent la société haïtienne. Une deuxième voit les batailleurs comme des personnes souffrant probablement de troubles psychiatriques qui méritent une assistance appropriée. Ce problème n’a jusqu’ici pas été abordé sur aucun de ces deux angles, car les autorités policières sont les seules à réagir dessus à travers des moyens répressifs.

 

Kendi Zidor

 

 

Comments

comments

scroll to top