Accueil » Société » Cap Haïtien : Abandon ou reconstruction ?

Cap Haïtien : Abandon ou reconstruction ?

09 mai 2016, 9:05 catégorie: Société3 956 vue(s) A+ / A-

une carte présentant le micro zonage sismique de la ville du Cap haïtien. | Photo :
Jean Élie Paul

 

La ville du Cap-Haitien est très vulnérable face à n’importe quel séisme majeur pour reprendre certaines études menées sur cette ville (évaluation du risque sismique au nord d’Haïti par la firme Miyamoto, 2015 ; diagnostics de vulnérabilité des bâtiments par le BRGM, 2015 ; évaluation des risques liés au Tsunami sur le nord d’Hispaniola, firme Artelia, 2014). Les résultats de ces études, vulgarisés surtout à l’occasion de l’organisation de l’exercice de simulation, SIMEX Cap-Haïtien, organisé par la Direction de la protection civile (DPC) et mis en œuvre par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), ont créé de grandes inquiétudes qui portent de nombreux cadres à penser que l’on devrait, soit reconstruire cette ville soit l’abandonner. Quelle est la meilleure solution ?

Reconstruire le Cap : ce n’est pas une simple affaire

À la question de savoir si l’on doit évacuer le Cap-Haitien ou tout simplement le reconstruire, les réponses sont diversifiées. Certaines personnes croient qu’il vaudrait mieux abandonner cette ville tant le risque est élevé. « C’est une ville à fuir. L’on peut diminuer les pertes en vies humaines. Mais les constructions archaïques qui pullulent dans la ville ne laissent aucune chance. C’est certain, la ville du Cap est une ville à fuir », pense un participant à l’exercice de simulation appelé SIMEX organisé au Cap-Haitien le 6 mai dernier.

Dans une interview accordée au journal Le National, Nancy Leconte, architecte de formation, affirme, pour sa part, qu’il faudrait un réaménagement de la ville. Mais réaménager la ville du Cap pour que les rues, les villes et communes voisines, les marchés publics soient fluides, vivables et habitables, n’est pas un petit travail », pense-t-elle. De ce fait, selon l’architecte, « lÉtat devrait investir dans des projets de logements sociaux dans la zone, logements construits dans les normes et capables de recevoir la famille haïtienne qui est souvent étendue ». 

En réalité, la question n’est pas si simple. À considérer les chiffres, un simple réaménagement ne sera pas de grande utilité pour le Cap-Haitien, du moins n’empêchera pas que beaucoup de gens perdent leurs vies en cas de catastrophes naturelles dans la deuxième ville du pays.

Une évaluation du bâti

Monsieur Gérard Métayer, directeur du centre d’Alerte aux Tsunamis et coordonnateur du centre d’Observation sur les données maritimes (CODOMAR), partage un avis qui n’est pas trop différent. Il préconise avant toute chose une évaluation du bâti afin d’identifier les bâtiments qui peuvent résister et ceux qui ne le peuvent pas. Ceux-ci, pour M. Métayer, doivent être soit renforcés soit détruits. « Mais tout cela doit découler d’une grande décision politique », confesse-t-il.

Interrogé sur la question, l’ingénieur-géologue Claude Prépetit, n’y va pas par quatre chemins. « La reconstruction de toute une ville n’est pas chose facile », martèle le géologue. De ce fait, M. Prépetit propose : « l’on peut choisir une zone non encore développée pour projeter la nouvelle ville du Cap-Haïtien. Une ville sécuritaire. On peut toujours garder l’ancienne, car c’est une ville historique ».

Claude Prépetit pense également qu’on peut conjointement renforcer certains bâtiments de l’ancienne ville du Cap. Les bâtiments à forts enjeux comme les écoles, les hôpitaux, etc. doivent être construits selon les normes parasismiques. Mais, croit M. Prépetit, interrogé à l’occasion du SIMEX Cap-Haitien, tous les investissements devront se faire dans la nouvelle ville en prenant en compte tous les risques de désastre.

« 130 mille Capois exposés au risque de tsunami »

En cas de séisme majeur sur la ville du Cap-Haitien, les études ont montré qu’il est probable que 46 mille personnes perdent leurs vies. Ce qui correspond à environ 8,2 % de la population estimée à 495 mille habitants. Selon les mêmes études (Miyamoto, BRGM 2015, Artélia, 2014), un tremblement de terre majeur, c’est-à-dire d’une magnitude supérieure ou égale à 6,5 sur l’échelle de Richter, laisserait derrière lui 221 mille sans-abris dans la deuxième ville du pays, soit 44 % de la population.

En outre, toujours selon les analyses probabilistes des experts, 130 mille capois sont exposés au risque de tsunami dont 20 mille sont en zone de danger. Plus de 10 mille élèves sont exposés au risque de séisme et tsunami plus de six heures par jour. Cinquante-huit mille bâtiments seront endommagés, soit 47 % de la superficie du bâti, et 15 mille 100 bâtiments sont classifiés rouge (définitivement plus accessibles).

De nombreuses infrastructures importantes de la ville du Cap-Haitien sont également exposées au risque. Le port et l’aéroport sont exposés à la liquéfaction en cas de séisme et à la submersion en cas de tsunami. La centrale électrique du Cap-Haïtien est également en zone de submersion en cas de tsunami. Ajoutées à celles-là, d’autres constructions qui sont également très vulnérables. La mairie et le complexe administratif du Cap, la délégation du Nord, le Lycée Philippe Guerrier ainsi que l’Hôpital universitaire Justinien ne seront probablement pas épargnés.

Ritzamarum Zétrenne

rzetrenne@lenational.ht

Comments

comments

scroll to top