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Camp « Kano » : huit ans en plein dans la crasse

11 janvier 2018, 10:28 catégorie: Société5 750 vue(s) A+ / A-

Camp Kano en image, huit années après le tremblement de terre.

 

Le 13 janvier 2010, au lendemain du tremblement de terre, 850 familles des hauteurs de Turgeau sont allées chercher refuge à « Kano », une zone alors verdoyante. Huit années après, ces gens continuent d’espérer, mais las de quitter les conditions exécrables dans lesquelles ils vivent. Ils croient-ils que l’État oublie leur piteuse existence.

Il faut seulement environ 20 minutes de marche, en partant de la route de Canapé-Vert, pour atteindre le camp « Kano », qui s’installe comme une petite partie d’enfer sur ce morne révélé très dangereux par le microzonage sismique de la zone métropolitaine. C’est un camp immonde d’une promiscuité incroyable qui nous a reçus le jeudi 11 janvier 2018. Chacune de ses entrées est semblable à une sorte de porte ouverte sur un enclos.

Ici, au camp « Kano », ce sont des maisons de fortune bâties de tôles mal posées sur des pieux, qui en grande partie servent de logement à des centaines de familles. D’aucuns se contentent, huit années après le tremblement de terre de janvier 2010, d’une tente faite de prélarts incapables de les protéger de la pluie, du soleil. Pour le reste, ce sont des constructions en bloc qui peinent à s’achever qui s’érigent sans aucune norme sur ce morne de tous les malheurs.

Dans cette zone propre à rappeler le cataclysme de 2010, l’on aurait pu dire que les gens n’ont plus aucun souvenir de cette sanglante tragédie. Des constructions anarchiques débutent ici et là sur le site. Après plusieurs années sous les tentes, certaines personnes ont décidé de construire leurs propres maisons de misère. « Beaucoup de gens même s’ils n’ont pas grands moyens ont décidé de construire une petite maison. Bon, ils n’ont pas le choix. Ils ont beau attendre les ONG et l’État », rapporte James Marseille, un jeune responsable d’une petite école de la zone.

Camp Kano en image, huit années après le tremblement de terre.

 

Huit-cent-quatre-vingt-cinq familles vivent au camp « Kano » en 2018 dans une précarité diabolique. Selon Joachin Marseille, CASEC de la zone, certaines maisons de fortune sont habitées par plusieurs familles. C’est-à-dire, des jeunes filles deviennent mères sous la tente de leurs parents et y restent.

Sur le camp « Kano », la majorité des gens se soulagent en plein air. « Une ONG a construit des toilettes pour nous. Mais une fois qu’elle a abandonné le camp, les toilettes ne sont plus entretenues et sont devenues impraticables », informe Lila, une mère de famille vivant sur le camp. Cette dame est ici depuis le 13 janvier 2010. Rien n’a changé, sinon sa tente qui est passée de prélarts à tôles. Mère de plusieurs enfants, Lila vit au camp « Kano » avec son mari quêtant la vie au quotidien pour arriver à survivre dans ces conditions infrahumaines. « Après huit ans, franchement, je devais dire que j’en peux plus, mais qui va m’entendre ? », se désole la quinquagénaire.

De nombreuses ONG étaient sur le terrain. De nombreuses promesses ont été faites à cette population. « On nous a promis des constructions durables, des espaces de loisirs et autres. Mais aucune de ces promesses n’a été tenue », déplore Lila. Toutes les ONG ont fait leurs valises en 2014. La population vivant à Kano est donc délaissée. Il ne faut pas moins de 15 gourdes pour se procurer un seau d’eau sur le site. Et, quand il ne pleut pas, la situation se complique.

Dans les méandres des couloirs de ce site, la vie se peint uniquement de détresse et de désolation. Il est 11 heures du matin quand, ce 11 janvier 2018, nous avons rencontré des enfants jouant à même le sol embaumés de l’odeur empestée de la zone. Et pourtant, ils devaient être à l’école à cette heure. Selon le CASEC, 79 enfants se lèvent chaque matin ici sans pouvoir prendre les chemins de l’école. « Le nombre d’enfants ne pouvant pas aller à l’école est certainement beaucoup plus grand. Nous avons répertorié 79 qui ne sont pas scolarisés. Mais beaucoup d’autres se sont inscrits à des écoles, mais ne s’y rendent pas faute de moyens économiques », informe Casec Papou, comme les gens l’appellent dans la zone.

Camp « Kano » fait partie des quelques camps de déplacés qui existent encore dans la zone métropolitaine. Les derniers chiffres ont fait état de 26 sites qui existent encore. Environ 37 600 personnes vivaient encore sous les tentes. Depuis, pas grand-chose n’a été fait. Reste à savoir combien de temps, ces pauvres gens continueront-ils à vivre dans la crasse alors que des millions ont été décaissés à leurs noms.

Ritzamarum Zétrenne

rzetrenne@lenational.ht

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