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Bras de fer entre Jovenel Moïse et l’opposition

30 novembre 2017, 10:12 catégorie: Actualité10 541 vue(s) A+ / A-

Le président de la République, Jovenel Moise

 

La bataille entre l’opposition et le gouvernement Lafontant semble être loin d’arriver à terme. Les conditions socioéconomiques continuent de se détériorer de plus en plus. Le taux d’inflation en est un élément probant à la fin de cette année. Il est estimé à 14.4 %, soit un léger ralentissement de 1.1 % par rapport au mois dernier. Rien de concret n’a été fait en vue de réduire le taux de chômage. Pourtant, la lutte acharnée pour la prise du pouvoir continue entre les protagonistes au grand dam des masses de la population.

La République va mal. Les problèmes structurels ne figurent pas sur la table des revendications. L’opposition proteste encore contre le budget 2017- 2018 qu’elle qualifie de criminel tenant compte de la diminution des pouvoirs d’achat des masses vulnérables de la population. Il en est de même du président de la République ne fléchissant pas les genoux. Il l’avait publié dans les colonnes du journal officiel de la République, Le Moniteur. Une démarche assimilée à la provocation par les contestataires. Pour tenter de casser le rythme des manifestations, Jovenel Moïse s’était embrouillé en publiant un mémorandum visant à modifier la Loi de finances pourtant en vigueur depuis le 1er octobre dernier.

Une décision, à l’époque, très critiquée par des députés et des sénateurs proches de l’opposition. Ces derniers exigeaient un budget rectificatif qui permettrait au président de sauver la face et de trouver une issue heureuse à la crise. Mais aucune suite n’a été donnée en ce sens.

Et la remobilisation des Forces armées d’Haïti (FAD’H) vient compliquer les possibilités de négociation entre les protagonistes. Comme à la veille de la publication du budget, le président de la République ne fait pas cas de la demande de l’opposition ou des membres de la société civile. Le 18 novembre dernier, Jovenel Moïse a choisi, suite à la désignation du haut état major intérimaire de cette institution démobilisée depuis en 1994, de procéder à des parades et défilés des hommes en treillis au Cap-Haïtien. Tandis que, peu de temps avant cette décision, des anciens officiers et hauts gradés de la FAD’H avaient appelé le chef de l’État à respecter les prescrits de la Constitution.

À titre d’exemple, citons l’ancien directeur de la Police nationale d’Haïti (PNH), Mario Andrésol. Ce dernier s’est montré très sceptique quant à la volonté du président de la République de procéder à la remobilisation de cette institution. Il a été formel. Arriver à une telle démarche dans cette conjoncture sociopolitique fragile est un échec. À son avis, la charte fondamentale a indiqué les procédures à suivre en vue d’arriver à cette démarche. M. Andrésol avait en outre signalé que le président devait entrer en consultation avec le Parlement autour des mécanismes de nomination du haut État-major de cette structure.

C’était pratiquement le même son de cloche du côté de l’ancien colonel, Himmler Rébu. Il avait appelé les autorités à consulter les articles de la Constitution traitant de l’existence, du fonctionnement et de la formation du haut État-major de l’Armée. Le colonel allait même jusqu’à évoquer la Constitution en ses articles 264 ; 264.1 et 264.4, stipulant : « Les Forces armées comprennent les Forces de Terre, de Mer, de l’Air et des Services techniques. Les Forces armées d’Haïti sont instituées pour garantir la sécurité et l’intégrité du territoire de la République.

Les Forces armées d’Haïti sont commandées effectivement par un officier général ayant pour titre de commandant en chef. Le commandant en chef des Forces armées d’Haïti, conformément à la Constitution, est choisi parmi les officiers généraux en activité de service ».

Alors que la question de la mise en place du Conseil électoral permanent (CEP) risque de constituer la dernière goutte à renverser le vase. Le président de la République dit vouloir s’accrocher à ses promesses de campagne électorale lors de la présidentielle du 20 novembre 2016. Il avait réitéré ses engagements lors de la commémoration du 214e anniversaire de Verrières. Et il a été clair. “Sous mon administration, toutes les institutions doivent être fonctionnelles. Il se peut qu’elles aient des difficultés à être efficaces, on n’a pas besoin de les dissoudre. Au contraire, il convient de les renforcer en vue de les rendre efficientes dans l’intérêt du pays”, a-t-il fait savoir.

Par contre, l’opposition n’entend pas lâcher prise dans ses mouvements de protestation. Le moment n’est pas opportun à la mise en oeuvre de l’institution électorale. L’équipe au pouvoir s’apprête à tout mettre en oeuvre en vue de se perpétuer au pouvoir et protéger ses arrières. Il ne s’agit pas du renforcement réel des institutions républicaines. Pour justifier leurs inquiétudes, les leaders de l’opposition ont fait référence à l’intervention du président de la République dans le licenciement de l’ancien directeur général de l’Unité centrale de renseignements financiers (Ucref), Me Sonel Jean François, chargé d’enquêter sur les dossiers de l’ancien PDG de l’Agritrans devenant chef de l’État. Les protestataires ont ainsi promis d’intensifier la mobilisation en vue d’obtenir le départ de Jovenel Moïse du pouvoir.

Reynold Aris
raris@lenational.ht

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