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Bourdon : La vie sans coeur de la vallée

11 octobre 2018, 7:50 catégorie: Société5 848 vue(s) A+ / A-

Construite sur les deux rives montagneuses d’une partie de la rivière Djobel qui traverse Bourdon, la vallée de Bourdon constitue une petite communauté, formée de gens issus de part et d’autre de la zone métropolitaine. Pour accéder à cette petite localité, il faut franchir des chemins en forme de corridor, à pieds, avant d’arriver au coeur de ce village érigé par les résidents eux-mêmes. Impossible d’y avoir accès au moyen d’un véhicule, alors que cette agglomération est indexée comme une zone à haut risque en cas de séisme. Que fait l’État haïtien ?

C’est comme des petites portes d’une maison privée, les différents chemins par où il faut passer pour accéder à la vallée de Bourdon, en passant par l’Avenue John Brown. D’abord, construite sur la pente accolée près de la route de Bourdon, il faut descendre un nombre élevé de marches d’escalier, mal agencés, entourés de déviation conduisant à des domiciles des gens de la zone. Ensuite, pour traverser, sur l’autre partie de la vallée, séparée par une rivière, la rivière Djobel, il faut traverser un petit pont pour ne pas tomber dans la rivière. D’où la vallée de Bourdon. En effet, même s’il appelle vallée, la localité est établie sur la pente des deux montagnes qui bordent la rivière.

Au coeur de ce petit village érigé par les habitants de la zone, une tonnelle abritant des hommes qui jouent aux dominos se fait remarquer dès l’arrivée d’une personne. L’on dirait que c’est le point de contrôle stratégique de la zone, puisqu’en passant par cette route, tout inconnu devient remarquable. Même s’ils n’osent interroger aucun passant, leurs regards inquisiteurs rendent mal à l’aise. Au dos de cette tonnelle se trouvent deux terrains de sport, football et basketball, aménagés par une Organisation non gouvernementale (ONG). Là, les jeunes viennent se reposer et se divertir.

Aménagement de la zone : constructions anarchiques

Construite sur les pans de deux montagnes, la vallée de Bourdon est reconnue pour ses constructions anarchiques. Pas de routes pour les véhicules (voiture et motocyclette). Même pour les piétons, l’accès aux différents sentiers de la zone est très difficile. Les maisons sont entassées les unes sur les autres. Les constructions sont faites selon le bon gré des propriétaires apparemment préoccupés uniquement par le besoin de s’abriter.

À en croire les allégations de certains riverains de la zone, beaucoup de gens y sont arrivés après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Jusqu’à présent, des gens vivant sous les abris, en très mauvais état, sont remarqués dans la vallée de Bourdon. « Même si nous ne sommes pas confortables ici, mais nous préférons y habiter au lieu d’aller exposer notre vie sous des toits en béton », a déclaré une femme qui vient se réfugier dans la zone. Toutefois, si ces abris peuvent les protéger contre le soleil, mais ils ne peuvent plus tromper la pluie. En effet, si l’eau des pluies ne tombe pas directement dans ces maisons de façon verticale, elle peut les pénétrer de façon horizontale à cause de la pente de la montagne.

N’ayant pas un plan d’aménagement global, la vallée de Bourdon n’a aucune trace de canalisation. Comment évacuer l’eau de pluie ? Que font les citoyens avec les eaux usées ? Autant de questions qui préoccupent.

L’utilisation de la partie de la rivière Djobel traversant la vallée de bourdon

Ressemblant à une rigole, la rivière de Djobel qui traverse la vallée de Bourdon constitue une aubaine de malheur pour les gens de la zone. En plus de la consommation d’une eau provenant d’une partie de la montagne, « nan sous », les gens utilisent cette rivière pour faire la lessive. Aussi, forme-t-elle un chemin pour faciliter les gens dans leurs activités, école, commerce, etc. Cependant, des détritus et des porcs sont à remarquer dans le périmètre de ce canal.

Si cette rivière est très utile à la communauté, cependant quand elle est en crue, elle paralyse les activités des riverains bloquant en grande partie la circulation dans ce quartier. Les gens ne peuvent plus circuler facilement pour vaquer à leurs activités.

La vallée de Bourdon face aux menaces naturelles

Indexée comme une zone traversée par une faille sismique, l’Organisation internationale pour la migration (OIM) avait entamé un processus d’évacuation des gens de cette localité, après le 12 janvier 2010. Ce processus n’avait pas abouti au résultat escompté. Au contraire, certaines gens ont pu retourner dans la vallée. Le pire, c’est que les gens continuent à construire sans ambages dans cet espace révélé comme zone rouge.

Au-delà de cette situation, si un autre incident majeur arrive dans la communauté, par quel moyen les autorités vont-elles pénétrer la localité pour apporter les secours ? Par exemple, s’il y a un incendie, par quel moyen un camion de pompier va-t-il accéder à la zone ?

Prévenir vaut mieux que guérir. Les risques que nous encourons sont permanents et imprévisibles. Éviter le nombre élevé de décès est le devoir des autorités. D’où la nécessité de faire des interventions raisonnables pour protéger les habitants du pays avant qu’il ne soit trop tard. La vallée de Bourdon est une des communautés du pays qui habitent plusieurs milliers d’Haïtiens et Haïtiennes. Comme d’autres agglomérations du pays, elle demande une intervention des autorités pour éviter une éventuelle catastrophe.

Woovins St Phard

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