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Un binôme incontournable pour un renforcement calibré du système sanitaire haïtien

19 avril 2017, 8:04 catégorie: Société5 593 vue(s) A+ / A-

7 Avril, journée mondiale de la santé suivant les prescrits des Nations unies, une manière de rappeler à la planète que la santé constitue l’un des droits fondamentaux de la personne humaine. 7 Avril, c’est tout aussi bien la commémoration de la mort de notre précurseur, à qui on avait légué des bandes, il en avait fait une armée, instrument décisif à la proclamation de notre indépendance et à la Fondation de l’État d’Haïti. Après deux siècles de vie de peuple, où en sommesnous avec la promotion de l’un des piliers du développement durable : le système sanitaire?

Le plus large segment de la population haïtienne vit dans des conditions sanitaires précaires lourdement aggravées, depuis un certain temps, par une pauvreté extrême. Les maladies infectieuses et virales vectorielles liées à l’insalubrité environnementale diminuent sensiblement notre espérance de vie et depuis quelques années une bonne partie de ceux qui y ont échappé, souffrent de complications dangereuses et mortelles, de maladies dégénératives chroniques (diabète, hypertension, cholestérol, cancer).

 Pour faire face à cette situation, des stratégies mixtes qui allient éducation, formation, participation communautaire et création d’organismes doivent être envisagées. Médecins, cadres médicaux et para médicaux, éducateurs sanitaires et éducateurs d’adultes devront travailler en étroite collaboration. Des partenariats publics et privés seront nécessaires pour leur permettre d’être plus efficaces.

 Une politique, en effet, ne peut être efficace que si elle est appliquée à plusieurs niveaux et reçoit le soutien et la participation de toutes les entités concernées. Cette situation exigera de gros investissements durables dans les infrastructures de la santé publique. Cependant, l’amélioration du système, donc des conditions de santé de la population haïtienne, ne se fera pas uniquement par l’augmentation des budgets d’aide à la santé. Faire des progrès en matière de santé suppose des efforts qui vont bien au-delà de l’augmentation des services de santé car les problèmes de santé ne peuvent être résolus exclusivement par l’intervention médicale, particulièrement dans un pays comme Haïti.

Éducation sanitaire

 L’éducation est un facteur essentiel de santé. Il est bien connu que les personnes les moins susceptibles d’être en bonne santé sont celles dont le niveau d’éducation est le plus bas. L’éducation sanitaire est donc l’une des activités les plus déterminantes dans la promotion de la santé de la population. Assurer le droit à la santé et à l’éducation pour tous les enfants d’Haïti est la responsabilité de tous les Haïtiens. C’est un investissement que nous devons consentir si nous voulons offrir aux jeunes un avenir social, prospère et pacifique durable. “La santé est principalement une construction sociale; elle découle de l’interaction entre l’individu et son environnement au cours de la vie quotidienne : là où les gens vivent, s’aiment, apprennent, travaillent et jouent.”

 Par conséquent, ce que l’on définit comme la santé et la maladie, le bien-être et le mal-être, dépend de facteurs individuels et biologiques, mais aussi de l’environnement social et culturel dans lequel nous vivons et travaillons. « Éduquer, ce n’est pas seulement instruire ou informer. C’est faire adopter des attitudes nouvelles, c’est apporter le changement… ». Les programmes d’éducation à la santé doivent toucher le plus grand nombre de couches sociales. Il est donc essentiel que l’éducation sanitaire tienne compte des facteurs sociaux, environnementaux et économiques qui influent sur la santé des individus. Dans cette optique, l’éducation à la santé est principalement une démarche sociale et politique, et une composante principale du développement humain. C’est aussi un art, celui de convaincre les gens.

Éducation des enfants

 L’éducation sanitaire d’un individu commence dès son plus jeune âge. La promotion et l’éducation de la santé doivent, donc, commencer au niveau des écoles. Tout comme l’éducation, la santé est un droit fondamental de la personne humaine. Elle est en même temps un pré requis pour pouvoir jouir pleinement de tous les autres droits fondamentaux. Dans cet ordre d’idée, au curriculum de formation de chaque école devrait figurer un programme d’éducation à la santé et à la citoyenneté. Le milieu scolaire regroupe une population importante ayant ses propres caractéristiques, d’où la nécessité de développer un programme d’éducation sanitaire et de communication sociale adapté et répondant à des besoins spécifiques.

L’éducation sanitaire à travers les campagnes d’éducation pour la santé et de communication sociale doit occuper une place importante dans les activités de santé en milieu scolaire et doit devenir une préoccupation majeure de toutes les parties concernées par la protection de la santé en milieu scolaire. En conséquence, les professionnels de la santé et ceux de l’éducation ainsi que les élèves eux-mêmes doivent être impliqués dans toutes les étapes de préparation et de déroulement des campagnes d’éducation sanitaire.

 Éducation des adultes

 L’éducation des adultes joue un rôle important dans les stratégies actuelles de promotion de la santé car elle permet à l’individu d’améliorer ses conditions de vie et son bienêtre en général, y compris son état de santé. La stratégie des soins de santé primaires, fondée sur la rencontre du développement social et du développement économique, requiert l’implication de la communauté et valorise la faculté des individus à prendre des décisions et à gérer leurs problèmes sanitaires. De manière comparable, l’éducation des adultes a évolué au cours des années soixante-dix et quatrevingt vers son orientation actuelle : l’apprentissage participatif.

Dans le secteur de la santé, l’évolution du concept d’éducation à la santé et l’apparition de la promotion de la santé en tant que nouvelle stratégie constituent la plus importante évolution pour l’éducation des adultes. L’éducation à la santé est passée d’une concentration exclusive sur le transfert d’information et l’adaptation du mode de vie individuelle à la promotion de la santé, davantage axée sur les facteurs sociaux, économiques et environnementaux favorables à un mode de vie sain et à l’autonomie. Avec l’apparition de cette nouvelle conception sociale, l’éducation des adultes devient, de plus en plus, importante dans les politiques publiques de santé.

Alphabétisation sanitaire

La scolarisation universelle n’est encore qu’un rêve qui tarde à se concrétiser. Si l’on tient compte du très faible pourcentage d’enfants scolarisés, du nombre de personnes qui n’ont jamais eu la chance d’aller à l’école, donc ne savent ni lire ni écrire, l’éducation à la santé ne peut pas se faire uniquement dans le cadre du milieu scolaire. Un volet non négligeable est donc celui de l’éducation communautaire, non formelle. L’expérience dans les pays tant en développement qu’industrialisés démontre que les programmes d’alphabétisation et d’éducation non formelles peuvent entraîner une nette amélioration de la santé et du bien-être en général.

“ L’alphabétisation sanitaire” est un nouveau concept. Elle implique qu’un individu a suffisamment d’assurance pour prendre seul ses décisions en matière de santé. Elle est donc bien plus que la faculté de lire une information sur la santé ; elle inclut la capacité à utiliser cette information, la transformant ainsi en savoir. Plus une personne est qualifiée, plus elle a accès, par exemple, à l’information sur le VIH, son traitement et les moyens de l’éviter. L’amélioration de l’accès à l’information et aux services ainsi que de l’alphabétisation sanitaire est donc décisive dans toute tentative de combattre une maladie. L’éducation la plus efficace est celle qui per met aux apprenants de prendre leurs décisions avec certitude et d’élargir leurs choix. Etre “alphabétisé à la santé” signifie aussi être autonome dans la vie quotidienne, donnant ainsi aux individus une plus grande assurance.

L’action communautaire

 Une composante essentielle des politiques de promotion sanitaire est l’action communautaire. Les initiatives locales doivent être encouragées par l’apport de connaissances, d’informations et de mesures éducatives appropriées. En reconnaissant le rôle des facteurs écologiques et sociaux dans le recouvrement et le maintien de la santé, l’initiative communautaire prend souvent la forme d’un militantisme ou d’une action politique qui vise à créer un environnement favorable à la santé. Ces initiatives se concentrent sur les modèles de services curatifs, mais aussi sur les facteurs sociaux et institutionnels de la vie quotidienne. L’éducation et la santé publique ont, en commun, des intérêts, des objectifs et des approches.

L’expérience dans les deux domaines montre que l’éducation la plus efficace est celle qui part des préoccupations des apprenants, développe leurs propres initiatives et les rapproche dans une action de coopération. Conçue dans cette optique, la participation des communautés à la prise de décision et à la réalisation des programmes, est indispensable.

 Curriculum de formation

Le curriculum de formation pour la santé doit inclure, entre autres, les points suivants : – l’hygiène corporelle : se laver, notamment se laver les mains avant un repas et après, aller aux toilettes, se brosser les dents deux fois par jour ; – l’hygiène ménagère : stockage des ordures dans des poubelles dédiées et ramassées régulièrement par les services municipaux, évacuation des eaux usagées vers une fosse septique vidangée régulièrement ou vers les égouts, rangement et nettoyage de l’habitation, aération pour éviter les pollutions intérieures et les allergies et les maladies respiratoires.

L’importance des vaccinations et des tests de dépistage

Si certaines maladies ont quasiment disparu dans les pays développés (comme le tétanos, ou la rougeole qui continue à causer 900,000 morts par an dans le monde), c’est grâce aux vaccinations. La détection précoce d’une maladie permet de démarrer son traitement plus tôt et donc de réduire la mortalité ; il est recommandé de faire au moins une visite médicale par an. Une composante importante de ces programmes devra s’adresser en majorité aux femmes à l’allaitement maternel, à la nutrition, à l’hygiène et à la régulation des naissances.

Techniques d’apprentissage

Pour atteindre ses objectifs, l’éducation pour la santé peut utiliser plusieurs techniques :

• Les campagnes de masse qui ont pour objectif de sensibiliser la population et modifier l’image générale de certains comportements à risques (comme c’est le cas pour le tabagisme).

 • Les actions collectives de proximité qui permettent d’engager un dialogue : rencontre, débat, conférence permettant de détailler l’information, la compléter et faire poser des questions au public, de travailler collectivement les représentations.

 • Les actions individualisées qui peuvent se dérouler dans le cadre des consultations médicales par exemple.

La prévention

Dans un pays comme Haïti où la couverture sociale est pratiquement inexistante, où la situation économique s’est aggravée après le 12 janvier, et le passage dévastateur du cyclone Matthieu, les personnes malades doivent s’endetter pour se faire soigner ou mourir de leur pathologie. Il est évident que la solution principale à ce problème réside dans la prévention. C’est pourquoi nous croyons que les efforts doivent se concentrer sur l’éducation à la santé, tant au niveau individuel que collectif. Le concept d’éducation à la santé implique aujourd’hui une notion élargie de promotion sanitaire ainsi qu’un nouvel intérêt pour la prévention. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit trois niveaux de prévention : – La prévention primaire : Ensemble des actes destinés à diminuer l’incidence d’une maladie, donc à réduire l’apparition des nouveaux cas. En agissant en amont cette prévention empêche l’apparition des maladies, elle utilise l’éducation et l’information auprès de la population.

 – La prévention secondaire : Ensemble d’actes destinés à diminuer la prévalence d’une maladie, donc à réduire sa durée d’évolution. Intervient dans le dépistage de toutes les maladies et comprend le début des traitements de la maladie.

 – La prévention tertiaire : Ensemble des actes destinés à diminuer la prévalence des incapacités chroniques ou des récidives dans la population, donc à réduire les invalidités fonctionnelles dues à la maladie. Agit en aval de la maladie afin de limiter ou de diminuer les conséquences de la maladie et d’éviter les rechutes.

 Dans ce stade de prévention les professionnels s’occupent de la rééducation de la personne et sa réinsertion professionnelle et sociale. À ces trois niveaux s’ajoute un quatrième la prévention quaternaire qui se définit comme l’ensemble des actions menées pour identifier un patient ou une population à risque de surmédicalisation, le protéger d’interventions médicales invasives, et lui proposer des procédures de soins éthiquement et médicalement acceptables.

 Dans une acception ancienne, la prévention quaternaire consistait en l’accompagnement du mourant. Promotion et éducation sanitaires visent toutes deux à améliorer l’accès à l’information sur la santé et aux services correspondants, afin que les individus acquièrent un plus grand contrôle sur leur santé et leur bien-être.

En réfléchissant sur cette problématique, nous voulons rester à l’écoute de ceux ou celles qui souhaitent partager leurs idées, leurs expériences, leur savoir-faire.

De l’altruisme, nous en avons besoin !

Préserver le capital humain est un impératif auquel décideurs, bailleurs doivent se soumettre. En 2017, ne sommes nous pas condamnés à voir accéder le plus grand nombre de nos compatriotes à une vie moins insoutenable au droit le plus élémentaire reconnu par la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, celui d’être en bonne santé, case départ de chacun pour s’épanouir intellectuellement et contribuer au développement économique de notre bien commun: Haïti.

Jean-Claude

DESGRANGES,

MD. F.A.G.S

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