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Un bilan en demi-teinte !

06 février 2018, 11:29 catégorie: Édito26 555 vue(s) A+ / A-

7 février 2017 – 7 février 2018 : un an de présidence de Jovenel Moïse, surnommé “Nèg bannann nan”. On sait pourquoi ce sobriquet affectueux appartient désormais au passé. Il a été élu à 55.67% du suffrage sur fond de controverses et surtout de chantages sous la bannière du PHTK (Parti haïtien Tete Kale) face à son challenger Jude Célestin du parti VERITE. Lorsque le nouvel élu exprima sa volonté de faire la synchronisation de l’eau, du soleil et du vent, il savait assurément de quoi il parlait. À ceci près qu’il disposerait des moyens de sa politique en vue du développement national endogène.

Alors que Jovenel Moïse est à son 365e jour au timon des affaires, l’heure du bilan de son administration est venue. Celui-ci peut se faire d’autant plus en profondeur et loin des polémiques que l’enjeu immédiat s’est vite renforcé depuis le lancement de la Caravane du changement.

Parmi les formules qui ont suscité le plus de sarcasmes dans ses discours, il y a celle portant sur la lutte contre la corruption, le financement des partis politiques, l’assainissement des finances publiques, l’institutionnalisation de la démocratie et la non moins célèbre « Caravane du changement » illustrant sa vision du développement national.

Pour beaucoup d’analystes, Jovenel Moïse, en promettant de désenclaver l’arrière-pays, aurait confirmé sa compréhension de la réalité nationale tant il est acquis que l’arrière-pays subit depuis des lustres la crise de l’isolement. Mais les chantiers lancés ici et là avancent lentement. Et les multiples promesses de campagne attendent manifestement d’être concrétisées.

En claironnant en 2017 que la croissance était assurée, Jovenel Moïse n’a pu s’empêcher de buter sur un déficit budgétaire de plus de 3 milliards de gourdes, selon des économistes. Coup de surprise : en 2018, la croissance a atteint une baisse de 3%. Dès lors, il n’y a aucune raison de douter que la situation aille vite s’améliorer, à moins que le matraquage fiscal en cours porte des fruits et qu’il y ait une gestion saine et rationnelle des recettes. Et puisqu’il n’est plus utile de juger de bonne ou de mauvaise foi les actions du chef de l’État, on pourrait se contenter d’identifier les enjeux de ce qui reste de son quinquennat. L’amélioration de la situation socio-économique précaire des couches les plus défavorisées de la population est une nécessité. Un passage obligé. Mais elle ne saurait faire l’objet d’une décision présidentielle unilatérale. C’est une dynamique. Il faut renverser la tendance, augmenter la croissance pour résoudre progressivement les problèmes structurels.

L’appréciation que l’on doit faire du bilan des 365 jours du président Jovenel Moïse ne doit pas consister à nier sa détermination à jeter les bases d’une Haïti nouvelle, mais à s’interroger sur son héritage par rapport à la gestion du fonds PetroCaribe et aux divers enjeux. En la matière, c’est un bilan en demi-teinte.

L’étrange sortie de Jovenel Moïse par rapport à la déclaration désobligeante de Donald Trump au sujet de certains pays d’Afrique, du Salvador et d’Haïti qualifiés de “fosses d’aisances”, a de quoi gâcher le sommeil des Haïtiens authentiques. Lors d’un entretien avec l’Agence Bloomberg, le chef de l’État qui restait plutôt muet devant ce “cocktail explosif, raciste et déshumanisant a donné raison (en partie?) à M. Trump. Qui l’eût cru? D’aucuns estiment qu’il aurait mieux fait de continuer à se taire en s’appliquant à travailler sur des projets concrets correspondant à sa stratégie de développement et/ou à celle de la société civile tout en s’assurant d’un suivi dans la durée. Soit. Mais on lui pardonnera des vanités qui ne lui seront peut-être pas infructueuses, de même que la lenteur et l’immobilisme bien ou mal compris de son administration dont il faut apprécier les diverses tentatives de réalisations malgré la riche pauvreté du trésor public.

C’est un fait : la première année du mandat présidentiel de Jovenel Moïse est particulièrement marquée par son étrange façon de défendre à l’intérieur comme à l’extérieur l’identité nationale pervertie. À Paris, c’est la justice haïtienne qu’il a mise sur la sellette, à la 72e session ordinaire de l’Assemblée générale de l’ONU, il n’a daigné évoquer le dossier des victimes du choléra, au micro de Bloomberg, il s’en fout comme de l’an quarante de la fierté nationale vilipendée. Ce sont les points noirs du tableau. On ose espérer que le chef de l’État, pour le temps qui lui reste au timon des affaires, finira par se ressaisir en inscrivant dans son prochain bilan sa contribution à défendre la dignité nationale qu’empoisonnent bien des conjectures. Patriotisme oblige.

Robenson Bernard

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