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La ballade aux tomates

13 février 2017, 11:16 catégorie: Édito12 249 vue(s) A+ / A-

Au moment où des frictions institutionnelles se dessinent et que des interventions médiatiques désignent des enjeux de leadership, la formation du nouveau gouvernement est lentement esquissée. Les rumeurs commencent par laisser la place à des informations plus objectives. Dans un tel contexte, c’est à qui peut mieux jouer de muscles et de « stratégies » pour s’approcher des centres de décision. On remarque déjà de larges sourires sur le visage de certains choisis. Les lourdes responsabilités, pour l’instant, laissent la place au bonheur temporel que produit souvent le fait de savoir qu’on n’a pas été oublié.

Entre une promenade sur une ferme agricole de tomates et l’entreprise de charme à certains organes de presse, le nouveau président gagne un peu de temps, cherche patiemment la formule idéale et l’articulation politique la plus pragmatique. Il s’est fait accompagner par certaines personnalités. Dans ces atmosphères, on ne voit pas les signes de futurs choix de décisions gouvernementales. On perd son temps à cogiter sur ceux qui ont été invités à la promenade. Du leader de Renmen Ayti à la visite à la ferme agricole de tomates, l’opinion se perd dans des considérations de « ministrables ».

 En cette époque postélectorale, certains couacs se présentent déjà. Entre les Cayes et Port-au-Prince, le carnaval national balance comme la pendule d’une horloge. Le Maire de la capitale présente un projet ambitieux à la Rue St Honoré, décore de multiples couleurs le Rex- Théâtre, fait promener sa brigade même contre le commerce informel et tente de maintenir propre et ordonné le Champ-de-Mars. En face, il y a le parti qui a le vent en poupe qui mobilise ses troupes pour défendre le « bien — fondé » de la réalisation du carnaval aux Cayes. Les dernières affirmations de l’ex-président du quinquennat passé dans la presse renforcent la volonté d’un Grand conseiller de faire, comme il avait fait, autour de l’idée la décentralisation de ce phénomène culturel de masse.

Ceux qui attendaient le nouveau président dans un espace plus désarticulé dans la ville pour voir de plus près les problèmes sociaux et urbains peuvent encore espérer qu’après la ferme agricole de tomates il ira se rendre compte de la situation réelle du peuple que le chômage, la vie chère, la décote de la gourde mettent dans une situation infrahumaine. Les autres qui voulaient le voir en compagnie de techniciens et de scientifiques sur des questions de géologie et de risques sismiques ont toute la période des cents premiers jours de grâce pour définir les lignes principales du Chef de l’État dans ce domaine stratégique. Pour les lieux culturels en « dégraba », le secteur ne s’attend pas à un constat aussi tôt. Le ministère de la culture qui n’a pas encore une « politique culturelle » devra se battre comme un diable dans un bénitier pour faire passer ses « nouvelles idées ». Les bâtiments construits dans le cadre de la reconstruction sont si porteurs de questions financières que le nouveau président ne s’y aventurera pas pour l’instant. Bien qu’il soit connu de tout port-au-princien que ces immeubles, bien que pompeusement inaugurés, ne sont pas encore habités par les fonctionnaires de l’administration publique. Ils sont encore éparpillés ici et là dans des locaux provisoires, gênant l’efficacité de l’État.

Les ministères attendus sont les Finances et l’Économie, l’Éducation nationale, la Justice, les Affaires étrangères, l’Intérieur. Le Premier ministre sortira de quel secteur social ? La ballade aux tomates n’est pas assez significative, en ce moment, pour en déduire d’un clin d’oeil politique du côté d’un secteur. Et puis, on ne peut savoir les réactions de l’opposition par rapport à un choix qui serait venu d’un secteur qui aurait beaucoup investi dans la campagne électorale du Chef de l’État. Entre le président et le Directoire du parti qui a le vent en poupe, les négociations doivent s’établir pour éviter au pays de connaitre des frictions sociales que le Chef de l’État, serviteur d’un pays à genoux, a le devoir d’éviter.

 Pierre Clitandre

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