Accueil » Tribune » Aux Élites de mon pays

Aux Élites de mon pays

30 avril 2018, 9:17 catégorie: Tribune24 829 vue(s) A+ / A-

D’abord, reconnaissez-vous que notre pays est en crise? Si oui, cette crise vous préoccupe-t-elle? Êtes-vous soucieux du futur? Voyez-vous une issue heureuse à la crise ?

La recherche d’une solution occupe totalement mon esprit. Je n’y vois encore de solution.

Les derniers incidents des Cayes, Pernier, Thiotte, Cap, Gonaïves en plus des zones de non-droit à travers le pays– sont lourds de signification. Principalement ceux de Thiotte.

Vous imaginez le comportement de 16 policiers jetant leurs armes et laissant incendier deux véhicules de police et préférant prendre la fuite devant une foule armée de machettes et de battons pour ensuite être remerciés pour leur attitude civique et humaine? Personne n’est mort, la vie est belle dites vous? Mais comprenez-vous le message qui est transmis par ces actions ?

Cela me rappelle étrangement les mutineries généralisées qui ont suivi celle de Pétion-Ville où, en guise de réprimander les soldats mutins, Aristide a préféré les relever de leur leur commandement, augmenter leur salaire et leur donner de meilleures couchettes. Cela me rappelle aussi les abandons de poste de ces policiers devant les troupes de Guy Philippe en 2004. Aristide a pensé bien faire en détruisant l’Armée; c’était faire harakiri !

Du côté humain vous direz, ils ont eu raison, qu’il s’agisse des policiers prenant la fuite à Thiotte ou d’Aristide gratifiant les premiers mutins de Pétion-Ville. Mais le résultat fut une mutinerie généralisée où les commandants militaires étaient ficelés et trainés et déshonorés en public.

Battre en retraite est une stratégie militaire, mais, il faut battre en retraite de façon ordonnée, disciplinée en gardant ses armes. Ce qui s’est passé à Thiotte est grave, très grave. Elle constitue une désertion, une démission, un abandon de responsabilité. Qui se répètera, je n’en doute pas, à travers le pays si aucune sanction n’est prise. Analfabet pa bet! Le message sera interprété comme on le veut : ou lib fè sa w pito. C’est le “laisser grennen”.

La mutinerie, comme jeter ses armes, est un cancer dont on ne guérit que par l’ablation du corps malade.

Les soldats comme les policiers de Thiotte devraient être sanctionnés et non complimentés. Dans toute armée, ils seraient passés en cour martiale de façon exemplaire. C’est comme pour la corruption, on ne peut pas éliminer la corruption par l’impunité.

Sans vouloir excuser le comportement de ces policiers, il faut aussi savoir quelle mission leur avait été confiée? Était- elle légale? Avait-elle un support logistique? Avaient-ils établi une communication avec son commandement durant l’opération? Quelle est la responsabilité de cette autorité supérieure dans cette affaire ?

Nous sommes en présence d’un État failli. Où il n’existe aucune autorité. Anarchie et chaos font rage—.

La solution exige en tout premier lieu le rétablissement de l’autorité de l’État, de l’ordre et de la discipline. Ceci ne peut se faire que par une autorité forte jouissant du support inconditionnel d’une force hiérarchisée, disciplinée fidèle aux principes d’obéissance. Nous n’avons ni ce leader au timon des affaires de l’État, ni un autre capable de prendre la relève dans l’immédiat, ni cette force sans laquelle aucun changement n’est possible.

Nous ne nous en sortirons pas de par nous même avec de beaux discours lors de colloques ou d’assemblées sectorielles. Il ne suffit pas simplement de souhaiter qu’on redevienne subitement de vrais patriotes soucieux du bien-être de la population ou de l’image devenue catastrophique du pays que nous disons aimer.

Pénible et regrettable à dire, mais la solution n’est plus nationale. La menace d’une autre intervention se fait de plus en plus sentir, mais cette fois ce sera sous forme de protectorat.

Jean-Claude Roy

Comments

comments

scroll to top