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Autour de la soirée « Piano-bar » d’Eliézer Guérismé

19 juin 2018, 9:24 catégorie: Culture5 565 vue(s) A+ / A-

De g. à dr. : le slameur Jean D’Amérique, la danseuse Éricka Julie Jean Louis, le comédien
Léonard Jean Baptiste et le pianiste Josué Alexis./Photo : YOD/Guezz Eliezer/Facebook.

 

Vendredi 15 juin 2018 dans la soirée, le public haïtien était convié à participer à un spectacle de piano-bar sur la scène UNESCO de la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal). Les portes de ce piano-bar étaient grandes ouvertes. Sur scène, pas moins de quatre protagonistes ; le virtuose du piano Josué Alexis, les slameurs Jean D’Amérique, Léonard Jean Baptiste et la participation de la danseuse Éricka Julie Jean Louis. Ensemble, ils ont permis aux spectateurs de pénétrer dans la noirceur d’un piano-bar où des gens se rencontrent pour boire un verre et écouter de la musique.  

L’idée de ce spectacle était tout à fait originale. La scène plongée dans la noirceur par moments et quelques fois balayée par des flots de lumière avait pour tout décor un piano et un bar. En lever du rideau, le pianiste Josué Alexis s’est mis au service de ses clients. Il a essuyé quelques verres, avant de se placer derrière son instrument. Durant la soirée, l’instrumentiste a livré son secret. Son secret à lui, c’est de jouer très doux pour ne pas agresser. Ne pas déranger, mais ne pas tomber non plus dans la monotonie. Pour gâter ses convives, le pianiste Alexis, avec tout le talent qu’on lui connait, a livré sa prestation. Il a pris des risques. Bonne ambiance, cocktails bons et savoureux. Le piano-bar est un endroit très agréable pour boire un verre, écouter les pianistes et discuter avec des amis.

À mesure que les mélodies s’envolent comme des pépites, les langues se délient. Dans une atmosphère intimiste, les slameurs avec leurs talents ont raconté la nuit dans les bars, expliqué pourquoi les gens y viennent. Mais ils ont dit aussi le vide et le manque qui les ont accaparés, les coups bas et les revers de la vie qu’ils cherchaient à fuir, le mal de l’existence qui les a conduits à arpenter des chemins improbables et à noyer leurs désillusions dans l’alcool. Sur la piste, deux amants se sont enlacés. Ils ont laissé parler leurs corps et exprimé leurs sentiments, d’une manière poétique au cours de cette soirée témoin de leurs défaites, de leurs luttes et de leurs turpitudes. « Je parcours tout ton corps avec des caresses. Et je reste debout dans ton sexe. (…) À chaque gorgée, je te cherche dans mon poème. Pour l’instant, je t’aime au conditionnel. (…) Puisque le sol est majeur, ma musique tourne le dos au ciel. En guise de mots, j’écris une chanson tout comme le bar mon coeur est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. »

Bouches pleines de poésies, soumises aux brasiers des mots, les deux slameurs et poètes se sont débarrassés de leurs peines, ils ont craché au visage de la ville. Est-ce parce qu’en eux le vide a fait le plein ? Ils ont crié aux quatre coins du bar situé dans un quartier de Bas-peu-de-Chose pour dire simplement qu’ils ont besoin d’amour, que tout chemin mène au bar. Ils se sont mis à chercher le sourire d’une âme soeur pour illuminer les coins sombres de leur vie. « Tout ce qu’on a, c’est l’espace à combler, c’est peupler la nuit d’orgasme et de mots », dira l’un d’eux. Dans leurs désarrois, seuls sur cette scène de piano-bar, jusqu’avant l’arrivée d’un autre slameur qui était assis calmement dans le public, les slameurs ont fait entendre les voix des fauchés, des coeurs blessés, des mal-aimés, des incompris et des oubliés de la vie. C’était un éternel désespoir qu’il étirait comme une longue rengaine. Marchands de rêves, tout en ayant les pieds sur terre, ils ont vidé leurs verres et se sont affranchis de leurs désespoirs. Pour Jean D’Amérique, « le bar est un lieu mythique où l’on peut rencontrer tout type de personnes. Où les gens font n’importe quoi. Et nous avons essayé de montrer à travers ce spectacle, ce qui peut toucher à l’universel », a-t-il confié au journal Le National au terme de son spectacle. Le public a passé un bon moment. Tout le monde a apprécié ce spectacle qui a mis sur scène des acteurs professionnels. Ils avaient cette capacité de conduire les spectateurs dans un monde de bonheur, d’émotions et de poésie.

Schultz Laurent Junior

 

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