Accueil » Édito » Assainir la capitale, un trou sans fond ?

Assainir la capitale, un trou sans fond ?

04 octobre 2018, 10:36 catégorie: Édito18 854 vue(s) A+ / A-

L’une des mauvaises sensations auxquelles le citoyen haïtien finit par s’habituer est celle de devoir se contenter, faute de mieux, du peu de services qui lui sont offerts. Le seuil de satisfaction baisse à mesure que les besoins ne sont pas satisfaits. Même l’organisme humain tient plusieurs jours avec de très faibles rations. C’est naturel !

Il a fallu cette guerre déclarée par la municipalité de Port-au-Prince aux piles de détritus des coins de rue pour qu’on se rende compte que les résidants de la capitale sont encore réceptifs. Contrairement à l’arrêté communal imposant une amende aux citoyens surpris en train de polluer l’environnement, le jingle « Pa jete », a vraisemblablement réussi à faire un impact. Car il suffit d’entendre le klaxon récurrent des camions compressifs pour que les habitants des corridors ou ceux qui ont un vrai « devant de maison » s’empressent de sortir leurs déchets domestiques. Dans certains quartiers, l’expérience se révèle payante.

Qui n’est pas soulagé de voir disparaître les montagnes d’immondices couvertes de bestioles ? Cette satisfaction ou demi-satisfaction se dissout malheureusement à mesure qu’on se rappelle qu’elles ont tout simplement été déplacées. Quoique moins imposantes, elles réapparaissent dans les coins où on les attendait le moins. N’étant pas traitées dans des décharges sanitaires, les ordures reviennent sous une forme ou une autre. Mais cela n’enlève rien au mérite de l’initiative des autorités municipales qui, en dehors d’une politique globale sur le plan environnemental, tentent de remplir d’eau un seau percé.

En plein coeur de la ville, de nombreux agents du service des voiries occupent les trottoirs matin et soir pour balayer et ramasser sachets plastiques, assiettes et gobelets en polyfoam et tout ce qui fait le décor répugnant des caniveaux. La présence de ces hommes et femmes aurait dû être permanente, car les rues se salissent à nouveau à un rythme étourdissant. Quelqu’un a eu raison de dire que « ce n’est pas en ramassant régulièrement les détritus qu’on parvient à garder une ville propre, mais plutôt en évitant de la polluer ».

Haïti est le pays le moins performant de la région Amérique-Caraïbes en matière de collecte de déchets avec un taux de 12.4 %, loin derrière son devancier, le Paraguay, qui affiche un pourcentage de 57 %, selon la Banque Mondiale. Vu le caractère transversal de la gestion des déchets, aussi longtemps que le pays ne se sera pas doté d’une vraie politique en la matière, les résultats revendiqués par les décideurs demeureront un trompe-l’oeil. Les initiatives éphémères et isolées doivent laisser leur place à des actions coordonnées entre le pouvoir central et les autorités locales. La bataille contre les produits plastiques, l’éducation à l’environnement, la construction de centres de tri et de décharges sanitaires et l’aménagement (ou réaménagement) de l’espace urbain sont des sentiers encore inexplorés. Le plus gros reste à faire.

Kendi Zidor

Comments

comments

scroll to top