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Arris Desrosiers, le petit poucet qui montre déjà la voie face à la dégradation de l’environnement

24 juillet 2017, 9:52 catégorie: Société5 065 vue(s) A+ / A-

Des sacs fabriqués à base de matières plastiques (sachets d’eau, bouteilles) éparpillées dansles rues.

 

Deux jeunes entrepreneurs haïtiens, Obed Arris et James Desrosiers transforment depuis 2015 les déchets des sachets d’eau en plastique. En effet, leur entreprise Arris Desrosiers collectionne chaque mois au moins 20 millions de ces résidus non biodégradables qui menacent actuellement l’environnement en Haïti.

Le macadam de Port-au- Prince flambe sous l’ardeur palpitante des rayons du soleil en plein zénith. L’insanité accable le décor des recoins d’une ville mortifiée et délaissée par ses habitants. À la rue Roy, non loin de l’avenue Christophe chacun est motivé par son activité. Les moteurs grondent. Les klaxons s’entredéchirent dans une chaleur presque palpable. Au bout de cette rue, une barrière aux couleurs beiges cache à l’intérieur une cour paisible d’un office bien entretenu. C’est ici que les jeunes entrepreneurs de Arris Desrosiers combattent timidement, mais surement l’insalubrité de la zone métropolitaine.

Les deux jeunes associées, Obed Arris et James Desrosiers, aux tenues vestimentaires extrêmement soignées s’accompagnent de leur directeur de Marketing. Ils s’entendent d’intervenir simultanément pour parler de leur initiative.

Une idée venue de nulle part

« Depuis 2015, l’entreprise transforme les innombrables déchets des sachets d’eau en plastiques non biodégradables qui polluent l’environnement », martèle Obed Arris, le plus jeune associé qui est aussi le directeur général de l’entreprise. Ces résidus en plastiques sont ensuite transformés en sacs artisanaux pour être revendus, poursuit-il. Le slogan « From trash to treasure » apposé sur son ordinateur personnel traduit clairement l’objectif principal et l’obsession de ces jeunes de vouloir contribuer à la protection de l’environnement en Haïti.

James Desrosiers raconte que l’idée de métamorphoser les sachets d’eau en plastique en valises lui est survenue après avoir participé à une formation sur la gestion des déchets en plastique. « J’ai commencé à réfléchir sur l’utilité qu’auraient les sachets en plastiques une fois vides. J’y ai rassemblé plusieurs et commencé à travailler sur la conception de ma première valise. Ensuite, nous nous sommes résolus, M. Arris et moi de perfectionner cette invention et de monter notre propre entreprise », raconte promptement James Desrosiers.

 Un projet de grande ambition

 Plusieurs catégories de valises et de boîtes à lunch confectionnés à partir des sachets sont rangées à l’extrémité de la table qui s’étend sur toute la longueur de la salle de conférence. Au fond de la pièce, un rétroprojecteur défile l’un après l’autre l’ensemble des oeuvres créatrices de Arris Desrosiers. Tout est présenté : sacoche, bourse, besace, housse pour ordinateur, sacs à dos. Pour hommes et femmes. « Bientôt nous confectionnerons des sacs de voyage », promet Roro Benjamin, directeur de marketing.

Plus de 20 millions de résidus de sachets d’eau en plastique sont collectés chaque mois par Arris entreprises au niveau de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, selon Roro Benjamin, directeur de marketing. « 75 personnes sont régulièrement embauchées dans notre entreprise notamment au niveau des collectes, de la confection, de la promotion et de la vente sans compter le personnel administratif. Nous comptons augmenter prochainement l’effectif de la promotion et du marketing », poursuit-il tout en se vantant des opportunités d’emplois que crée son jeune entreprise et de leur intention d’augmenter le nombre d’employés.

Si les produits de Arris Desrosiers s’étendent de plus en plus sur le territoire national, ils s’exportent déjà et connaissent un franc succès à l’étranger. « Nous vendons également nos produits au Canada et aux États-Unis et les retombées sont très importantes à ce niveau. Arris Desrosiers reçoit régulièrement des commandes du Canada », affirme Roro Benjamin.

 Par ailleurs, il assure de la qualité de ces produits. Les matériels utilisés dans la confection confèrent aux produits non seulement un style unique, mais aussi une qualité standard qui assure leur durabilité toujours selon le directeur de marketing. En effet, le directeur de marketing démontre que les différents composants des productions de Arris Desrosiers sont bien calculés en tenant une boite à lunch. Un mélange de polyester et de plastique qui rendent ses produits imperméables et qui résistent aux pressions de la chaleur, toujours selon Roro Benjamin.

Les sachets d’eau en plastique, de vraies menaces pour l’environnement

 Les sachets d’eau en plastique sont les moyens les plus abordables de se désaltérer en Haïti. Vendus à un prix dérisoire, soit 3 unités pour 5 gourdes, ils représentent également un risque énorme pour la santé des consommateurs et une menace réelle pour l’environnement.

Pourtant, cela n’empêche qu’ils soient consommés et jetés négligemment partout sans aucune intervention de la part des autorités établies. Ces pratiques insouciantes vis-à-vis de ces déchets dont la durée de vie est d’un siècle près fragilisent déjà l’environnement. L’écosystème marin est très menacé par ces résidus jetés au quotidien dans les canaux de drainage. Ces résidus qui résistent jusqu’à cent ans aux phénomènes naturels sont drainés et peuvent nuire aux êtres marins avertit Laneau Saint-Fort, spécialiste en ressources naturelles et environnement. Il explique que ces genres d’initiatives sont à encourager par les autorités même s’il croit que le problème est beaucoup plus complexe. « L’important serait de définir en urgence un plan de gestion des déchets en Haïti », termine Laneau Saint-Fort.

Les citoyens devront tôt ou tard réagir face au phénomène de la dégradation de l’environnement en Haïti qui devient de plus en plus compliqué. En attendant, les petits poucets de l’entreprise Arris Desrosiers montrent déjà la voie à suivre.

 Hadson Archange Albert

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