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Les archives familiales : des notions qu’il faudrait apprendre aux enfants à l’école

11 octobre 2017, 7:49 catégorie: Culture2 702 vue(s) A+ / A-

Site de St-Christophe,

là où ont été enterrés des milliers de personnes péris

lors du tremblement de terre de 2010.

/Photo : Jeanfrançoislabadie.blogspot.com.

 

Dans chaque famille dans le sens génétique, juridique, social et traditionnel, il existe un ensemble de documents de toutes sortes, sous forme de témoignages émotionnels, de preuves administratives et juridiques qui se complètent et constituent les archives de la famille. Suivant l’importance économique et sociale, la valeur historique et symbolique de ces documents, ces derniers, au-delà des multiples transactions et opérations qu’ils peuvent offrir, s’imposent comme de véritables trésors pour les parents, les enfants, les officiers et les proches les plus avisés, les mieux informés et formés pour assurer la garde dans une sorte de complémentarité et de responsabilité partagée et durable.

Quel est le rôle des écoles et des universités haïtiennes dans une telle démarche ? Quelle politique publique en matière de gestion des archives familiales pour responsabiliser le citoyen haïtien ?

Devine : « Vous savez comment on appelle les curriculum vitae des vieux ? Des archives ! », répondait le célèbre humoriste, écrivain et réalisateur Jean Louis Fournier.

Derrière la misère, des milliers de familles, notamment haïtiennes, depuis plusieurs générations, en passant par l’ignorance et l’irresponsabilité de certains parents pas assez formés pour perpétuer l’héritage reçu, encore moins pour le transmettre aux enfants et l’inconscience enfin de ces derniers pour récupérer les moindres dossiers les plus importants pour honorer autant les dettes et profiter des quelques miettes qui restent dans la famille, font face aux différents facteurs les plus importants dans le sous-développement en Haïti, comme l’absence de connaissances pratiques sur l’importance de la gestion des archives dans les familles en Haïti.

Définir un curriculum sur la connaissance des archives dans le système éducatif haïtien

Dans la perspective d’organisation de la première édition de la « Semaine de la généalogie dans les écoles » en Haïti, un des champs les plus méconnus dans le système éducatif haïtien, pourtant si indispensable pour consolider les liens parentaux, familiaux et régionaux, dans ce contexte de grande migration des jeunes et des parents, de familles monoparentales, de famille éclatées et d’adoption de toutes sortes, en particulier après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, il est plus qu’urgent de sensibiliser les acteurs du système éducatif haïtien au début de chaque année, en particulier les professeurs et les parents sur l’importance de sensibiliser pour mieux responsabiliser les enfants sur le rôle et l’importance des archives au quotidien, en tant que bien à préserver pour ensuite transmettre.

Du bulletin scolaire en passant par les cahiers et les ouvrages, les billets et les fiches de paiements, les photos souvenirs de la promotion avec les professeurs, les copies de devoirs ou les fiches de renvoi de l’établissement scolaire, se sont autant d’éléments qui constituent les archives partagées entre l’élève, l’école et ses parents. Des documents témoins qui méritent au fil du temps d’être traités et sélectionnés pour la conservation.

Documents de toutes sortes à préserver pour les générations futures

Des papiers imprimés, des documents scellés par des signatures authentiques et des sceaux administratifs, des photos souvenirs, des actes de naissance et de décès des parents et grands-parents, des numéros relevés dans les dossiers originaux et les copies, des bijoux et vêtements, des morceaux de journaux datés, des cartons d’invitations, des passeports expirés avec des visas périmés, des reçus d’acquisition ou de vente de biens, des bordereaux pour retracer les noms, les montants et les adresses de l’époque, des bilans de santé et des prescriptions médicales, des cartes postales, des lettres, des livres, des emails de nos jours, des listes de présence, etc. s’inscrivent dans la liste des archives personnelles et collectives qui méritent un traitement particulier, pour les besoins des générations futures.

Demain quand vos parents ne seront plus là, il sera peut-être trop tard pour savoir votre vrai statut en tant qu’héritier ou bénéficiaire, pour savoir où sont conservés l’ensemble des dossiers importants et des biens de la famille. Combien de maisons ou de chantiers inachevés acquis dans le silence par un des membres de la famille décédés, ne disposant d’aucun témoin ou héritier ? Combien d’héritiers et d’orphelins qui trainent dans la misère en permanence, sans aucune connaissance de leur appartenance familiale ou de l’héritage auquel ils ont droit ?

Détournées de toute intention de promouvoir une culture de paresseux ou de parasites chez les enfants qui se contenteraient de profiter de l’héritage des parents sans se soucier aux sacrifices de ces derniers, ces réflexions, en guise d’invitation, se proposent de sensibiliser les enfants et les parents sur l’importance d’identifier, de protéger et de conserver les véritables documents authentiques et officiels qui doivent servir dans des démarches administratives et juridiques sur le long terme.

Dessine-moi l’arbre généalogique pour mieux retracer les archives de la famille

Dis-moi où sont les documents juridiques, les actes notariés, les certificats attentant les biens et les dons reçus, les titres de propriété, les bilans du patrimoine individuel et collectif, les testaments de vos grands-parents et grands-parents ? S’il en existe, je vous dirai pourquoi votre famille est si pauvre ou si riche en dehors en dehors du mode de gestion de ces biens !

Dessine-moi l’arbre généalogique (ascendant et descendant) retraçant les origines des grands-parents avec leurs activités économiques respectives et je vous dirai pourquoi vous vous battez autant pour vous construire une petite place dans ce nouveau secteur d’activité, à défaut de profiter d’entreprendre dans le même secteur que tes parents ou grands-parents qui s’étaient déjà fait un nom, une référence, comme le font les avocats, les notaires, les médecins, les plus riches familles haïtiennes dans le commerce, les importations et les supermarchés, l’imprimerie, la construction.

Dommage qu’il n’existe pas de loi en Haïti à date sur la gestion des archives scolaires et les archives du système sanitaire tant privé que public, cela permettrait de retracer un certain nombre de maladies héréditaires, pour pouvoir mieux anticiper la thérapie et trouver des solutions sur le long terme.

Devoir de mémoire envers les grands-parents et envers ses propres descendants

Désolé de toucher certains aspects sensibles dans la répartition du patrimoine national depuis la mort de l’Empereur un 17 octobre 1806, selon les politiciens et historiens. Loin de toute idée pour réveiller certains monstres ancestraux, politiques, économiques, coloniaux et géopolitiques, qui d’une part, souffrent amèrement par le sort de leurs descendants qui croupissent dans la misère, et d’autre part, d’autres dragons qui profitent silencieusement de l’héritage de certains orphelins et des exilés politiques, des disparus et des dépaysés, des familles divorcées, divisées, délogées, déplacées, dénaturées et « dechouke ».

D’autres archives perdues dans l’espace sous le poids des phénomènes et des motifs tels : la polygamie, les accouchements non-désirés, les enfants non officiels, les déformations et erreurs dans les registres des officiers d’état civil, les exils, les disparitions, les conflits et les vengeances au sein des familles, l’ignorance et les adoptions sans repères, entre autres !

Devoir de mémoire pour certains, douleurs pour d’autres, l’identification des archives de la famille participe certainement à une prise en charge de façon responsable, de tous les membres et proches d’une famille dans leurs désirs de retracer les liens généalogiques, de partager leurs empreintes émotionnelles, de défendre leurs intérêts économiques et leurs images sociales. Des actions qui dépassent de nos jours les frontières à cause de la migration, de la mobilité professionnelle et des mixités dans les relations amoureuses ou d’affaires.

Dans chaque famille, il existe des archives importantes à conserver pour les petits enfants et pour le pays !

Des archives familiales d’abord pour mieux consolider la plus petite unité sociale, ensuite pour mieux responsabiliser les dirigeants dans la gestion politique des archives publiques du pays. Qu’est-ce qu’on entend par archives ? Quelles sont les institutions privées et publiques qui ont la charge de gérer ces documents et ce secteur ? Où sont gardées les archives de la République et dans quelles conditions ? Pourquoi est-il important d’initier les élèves et les universitaires à la gestion des archives depuis l’école ? De nombreux spécialistes haïtiens ont tenté, chacun à leur manière et suivant les moyens, de fournir des réponses à ces questions.

Des efforts non en vain, mais pas assez, encore moins significatifs pour sensibiliser la société sur l’importance de promouvoir une culture de responsabilité face à la gestion des archives. Du docteur Michel Philippe Lereubours, en passant par des intellectuels encore en vie tels Kesler Bien-Aimé, Eddy Lubin les architectes : Henri Robert Jolibois, Harold Gaspard, Didier Dominique, Olsen Jean Julien, Patrick Durandisse entre autres, ce sont de véritables gardiens de la mémoire.

Dans la perspective d’éduquer les jeunes sur l’importance des archives et du patrimoine, il faudra certainement inscrire quelques-uns des anciens directeurs du MUPANAH, tels : Pradel Henriquez, Marie Lucie Vendrys, Robert Paret, Michèle Gardère Frisch, et bien d’autres, sans oublier le professeur Wilfrid Bertrand qui a consacré toute sa vie dans la gestion des archives du pays. Des noms qu’il faudra certainement inscrire dans l’alphabet de l’apprentissage du rôle et de l’importance des archives dans la vie d’un peuple, en passant par la famille.

Dominique Domerçant

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