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Amos Coulanges, ce colosse de la guitare classique

21 juillet 2016, 8:31 catégorie: Culture3 471 vue(s) A+ / A-

Amos Coulanges, entre résurrection de
pièces classiques connues et oeuvres
personnelles, est un virtuose à saluer. /
Photo : parisbouge.com

 

De la salle UNESCO de la Fokal s’échappent quelques notes vives grattées par un virtuose qui aura pendant longtemps marqué l’histoire de la musique classique haïtienne. Qui est ce colosse aux mains trop habiles ? Amos Coulanges. Le type a drainé, le lundi 18 juillet, un public averti invité à goûter au périple d’un voyage dans le temps.

Son corps épouse un costume bien taillé. Rieur, épaules relâchées, jambes pudiquement écartées, le monument vivant de la guitare classique haïtienne est déjà prêt pour un beau voyage à travers le temps, relisant Bach, Haydn et quelques autres grands maîtres de cette même trempe. Chopin comme Mozart ne furent pas dans nos murs, mais disons plutôt qu’une bonne heure n’a pas suffi au type pour étaler toutes ses connaissances et bases musicales. Attention : pas d’orchestration étoffée. Amos Coulanges est seul sur scène.

Résurrection de  pièces inclassables

Amos Coulanges pose d’abord ses valises « sur les deux rives de l’atlantique » : l’Europe et l’Amérique. Il est déjà connecté au passé. Modeste et d’une simplicité admirable, il fait débarquer quelques Européens chez nous, en l’occurrence des Allemands. Il débute avec un morceau de Bach, celui que la postérité (c’est-à-dire école, conservatoire, critique et disciples) n’a jamais tenté d’occulter. C’est un « Ré-majeur » appétissant qui est servi.

Il enchaîne de manière presque déchaînée avec le « Quatuor à cordes » (« fait pour quatre instruments ») du compositeur autrichien Joseph Haydn. On est à l’école de Vienne : gros réservoir de compositeurs « avant-gardistes », gardiens d’une musique atonale que revendique l’expressionnisme allemand dans les années 1910/1920. Ensuite un morceau frais de Mauro Giuliani : le répertoire se déroule. Du tango au menu, un tube pour guitare électrique et pour piano, sans oublier un petit en Amérique.

Amos Coulanges fait ce qu’il sait toujours faire : basculer son audience dans la résurrection de pièces classiques. Pas n’importe lesquelles. Celles qui résistent à toutes les interprétations, celles qui habitent les zones intimes de ses influences et qui dégagent une odeur d’éternité.

Retour au bercail

Détour vers Haïti. Amos Coulanges, emporté par son patriotisme, n’oublie pas ses ténors haïtiens, ceux qui lui ont servi de modèles, ceux qui l’ont inspiré et motivé à embrasser une carrière musicale. Et là, on va dénicher un Amos généreux qui vénère l’incontournable Frantz Casséus en jouant le thème « La danse des Hounsis », qui nous sert une de ses pièces « Les Haitiannesques », inspiré par Casséus et sur lequel il veut rendre hommage au feu Fritz Coulanges.

La prochaine œuvre mêlée au slam est une composition personnelle dédiée à Toussaint Louverture. Une balancelle pour Michèle Lemoine, « Yoyo » déposé aux pieds de Raoul Denis et « Larèn solèy leve » pour saluer le talent d’un chanteur, mais aussi chantre du vaudou : Jean Coulanges.

Les notes sont vives, les accords sont plaqués avec une belle véhémente. La gratte est énergique. Le phrasé bien articulé : voilà tout le mérite de ce guitariste hors pair qui ne voit pas forcément flou l’avenir de notre musique.

En concert, ce lundi 25 juillet à 18 h à la salle UNESCO de Fokal.

Rosny Ladouceur

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