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Allocation budgétaire, le département de l’Ouest est mieux traité que les autres départements en situation difficile

08 août 2018, 8:08 catégorie: Economie11 116 vue(s) A+ / A-

Eddy Labossière et Camille Chalmers.

 

D’après un rapport de la Banque mondiale, datée de 2012, le département de l’Ouest a le plus faible taux en termes de pauvreté extrême, soit environ 9 %. Dans le budget 2017-2018, le département de l’Ouest absorbe à lui seul 94 milliards de gourdes sur 144.2 milliards de gourdes de l’enveloppe globale. Tandis que son allocation budgétaire est supérieure par rapport aux 3 départements, notamment : le Nord-Est, le Nord-Ouest et la Grand’Anse ayant le taux d’extrême pauvreté le plus élevé dans le pays, ils ont respectivement 44 %, 43% et 37 % de leur population se trouvant dans l’extrême pauvreté.

La cartographie de la pauvreté extrême en Haïti, les départements comme le Nord-Ouest, le Nord- Est et la Grand’Anse sont les plus touchés par ce fléau. Cependant, ils sont moins négligés dans le budget de la République. Selon les économistes, Eddy Labossière et Camille Chalmers, la mauvaise répartition géographique du budget de la République est due à la non-participation des collectivités territoriales au moment de l’élaboration du projet de loi de finances.

Le budget total de la loi de finances 2017-2018 est de 144.2 milliards de gourdes. Les crédits budgétaires pour cet exercice se présentent, entre autres, dépenses de fonctionnement 85 milliards de gourdes et d’investissement 58 milliards de gourdes. Sur les 85 milliards de gourdes disponibles pour les dépenses de fonctionnement, le département de l’Ouest a 80 milliards de gourdes dans son actif, le reste de 5 milliards gourdes est réparti aux autres départements du pays. Et sur les 58 milliards de gourdes disponible, 13.4 milliards pour ce même département. Alors que selon le rapport de 2012, le taux de la pauvreté extrême existant dans l’Ouest du pays est mieux classé, par rapport aux autres départements du pays soit de 9 %.

Pour ce qui est de la pauvreté extrême en Haïti, selon le rapport de 2012, 44 % des habitants du département du Nord-Est vivent en situation d’extrême pauvreté. Ensuite, les départements comme la Grand’Anse, le Plateau central, le Nord et les Nippes qui avaient respectivement 43 %, 37 %, 34 %, 36 % et 30 % de leurs habitants vivant dans l’extrême pauvreté. Sur les 144.2 milliards de gourdes disponibles dans le budget 2017- 2018, 94 milliards de gourdes pour le département de l’Ouest, et, seulement 50.2 milliards de gourdes pour les autres départements du pays.

Pour l’économiste, Eddy Labossière l’absence des collectivités territoriales dans l’élaboration du budget du pays est à la base de ce problème. En ce sens, il a déploré le fait qu’il n’existe pas une décentralisation dans le pays. Par ailleurs, il a fait savoir que le crédit budgétaire alloué au département de l’Ouest ne peut aider cette région à faire face aux différents problèmes. Tous les départements du pays n’ont pas le même poids fiscal, si l’on croit l’économiste Eddy Labossière. « L’assiette fiscale de la région de l’Ouest est plus élevée que les autres départements du pays », a précisé le président de l’Association haïtienne des économistes (AHE).

L’économiste Camille Chalmers aborde dans le même sens que M. Labossière. Selon lui, c’est une mauvaise planification au moment de la préparation du budget. Dans l’élaboration du projet de loi de finances, ajoute-t-il, les autorités étatiques ne prennent pas en compte les connaissances scientifique et territoriale. « La façon dont on prépare le budget de la République n’est pas en connexion avec la Constitution de 1987 amendée. Le projet de loi de finances n’est pas seulement une affaire de l’État central, le budget doit être préparé à la base », a déploré M. Chalmers, soulignant que la Constitution actuelle du pays prévoit la décentralisation dans le pays.

Plus loin, il pense que l’État central est le seul responsable de la mauvaise répartition géographique des crédits budgétaires dans le pays. Car, dit-il, l’État a fait une mauvaise gestion du pays. « Les autorités étatiques ne connaissent pas les réalités de chaque région du pays. Ils ne sont pas au courant des complexités, les potentialités de chaque région et les changements du point de vue démographique du territoire », a-t-il martelé.

En 2016, le grand Sud du pays avait été touché par un ouragan qui a détruit en grande partie la production agricole de cette région. Selon l’économiste, on n’a donné aucune priorité réelle dans le budget aux habitants du grand Sud pouvant les aider à réparer les dégâts. D’après Camille Chalmers, la planification du budget de la nation est irrationnelle. « Depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, on ne constate aucune construction de logements sociaux dans l’aire métropolitaine », a-t-il déclaré.

Pour un budget déconcentré

Le docteur Eddy Labossière et l’économiste Camille Chalmers ont fait un ensemble de recommandations qui, selon eux, vont permettre une bonne prise en compte de tous les départements du pays au niveau du budget national. Pour le numéro 1 de l’AHE, il faut que l’État central sursoie à certains privilèges dans le budget. Aux dires de M. Labossière, la contrebande est l’un des fléaux qui empêchent l’État de collecter plus de taxes. «Le budget de la République devrait être de 300 milliards de gourdes, plus de 200 milliards gourdes sont passés dans la contrebande», affirme-t-il. En ce sens, il appelle les autorités étatiques à lutter contre ce fléau. Car, dit-il, cela va permettre d’avoir un budget qui prend tous les départements en compte. Plus loin, il dit être favorable à une réforme en profondeur.

Élaborer un budget demande une bonne planification. De ce fait, Camille Chalmers, de son côté, pense qu’il faut une planification qui dure des années avant l’élaboration du budget afin de permettre à toutes les régions du pays de définir leurs besoins en fonction de leur priorité. M. Chalmers plaide pour un changement dans la politique macro-économique du pays et l’interconnexion entre les secteurs productifs du pays. « Au niveau du budget du pays, on donne plus de priorité au marché externe. Il faut dynamiser le marché interne », a-t-il expliqué.

Cluford Dubois

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