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32 ans plus tard

07 février 2018, 11:09 catégorie: Édito30 460 vue(s) A+ / A-

Le 7 février 1986, le peuple haïtien après des décennies de dictature criait à la face du monde son désir d’intégrer le concert des nations démocratiques. Et depuis, la lutte pour la transformation d’un mode de gouvernance axé sur l’exclusion pour un régime ouvert sur la transparence et la participation de tous s’est révélée ardue jusqu’ici improductive.

L’obsession de certaines élites attachées à une vision surannée, égoïste et totalitaire, la précarité des structures politiques alternatives, la faiblesse grandissante d’une société civile aux abois ont fait avorter le changement tant souhaité par une forte majorité des Haïtiens.

Les affrontements sans grandeur, les révolutions de palais et une gouvernance de la faillite ont achevé de compléter le sombre tableau de nos malheurs. Trente-deux ans plus tard, nous ne voyons pas le bout du tunnel. Les ombres de politiques néfastes viennent encore hanter notre quotidien de pays le plus pauvre de la région. Nous accumulons des retards sur tous les plans, pendant que nos politiques sont, comble de malheur, en panne de vision. Le gouvernement apprend difficilement à gouverner, l’Opposition demeure scotchée à une stratégie de manifestations sans offre politique fiable.

Le 7 février fera aussi une année depuis que le président Jovenel Moïse est au pouvoir. Une année de gouvernance dans un pays aussi complexe et avec de tels blocages structurels ne peut appeler à des jugements sommaires. Ce serait peu objectif de notre part de crier haut et fort à l’échec d’un pouvoir aux prises à des difficultés aussi difficilement surmontables. Cependant, les signaux du démarrage ne sont nullement au vert : le climat sociopolitique est lourd et le landernau politique bruisse de nouvelles alarmantes qui font douter de la volonté réelle des pouvoirs publics de lutter contre la corruption.

Le volontarisme affiché par le chef de l’État tarde à se traduire dans les faits. Et une réalité économique morose vient assiéger un pouvoir impuissant obligé pour le moment à donner dans les promesses les plus idylliques. En attendant, un exode sans précédent se déroule sous nos yeux et une enquête récente révèle que ceux qui partent sont souvent les meilleurs d’entre nous.

Le Président fait tout pour nous convaincre qu’il y a un pilote dans l’avion, mais nous vivons dans l’angoisse d’un crash ultime qui consacrerait la fin de nos espérances de démocratie et de prospérité. Toute chose qui mettrait de l’eau au moulin des partisans des temps honnis de la dictature et des théoriciens de l’anarchie plus désespérés que révolutionnaires.

Déjà que certains nostalgiques du passé considèrent la transition comme une régression, et que le peuple marginalisé doute de plus en plus des bienfaits de la démocratie parlementaire. Il devient urgent que se rétablisse progressivement la confiance dans les institutions pour que la désillusion constatée lors des dernières élections ne se transforme en une sorte de culture politique de l’indifférence.

Le Président entame sa deuxième année de mandat au fort d’une conjoncture économique délétère qui va demander un réalignement de ses priorités et des actions concrètes et célères quant au dossier stratégique de l’énergie. L’organisation des États généraux sectoriels sur la base d’un consensus national pourrait constituer une bouffée d’oxygène pour un pouvoir qui tire sa légitimité d’une élection à très faible participation.

Toujours est-il qu’un climat social apaisé ne bénéficierait pas uniquement au pouvoir, mais au pays tout entier qui attend désespérément des investissements et des emplois. Le Président devra faire preuve de courage pour limiter les appétits de son entourage et les luttes de clans qui ont toujours paralysé la gouvernance haïtienne.

Le 7 février 2018 devrait représenter un nouveau départ pour une administration en demi-teinte et au bilan mitigé.

Roody Edmé

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